Ce que PSA a à nous apprendre

Ah elle nous faisait rêver (ou pas) cette victoire de François Hollande ! On y a vu la perspective de changements, sinon radicaux, au moins à coup de dose homéopathique et de pansements qui sont bons à prendre même s’ils nous laissent sur notre faim. Mais il faut bien le reconnaître, la succession des plans sociaux montre toute l’ampleur de la tâche pour qui veut faire du « redressement productif » et de la « croissance ».

Je laisse le feat à Lordon qui décrit bien la situation : « Dès l’annonce de son portefeuille à l’intitulé ronflant, il faut bien le dire, on souffrait par anticipation pour ce pauvre Arnaud Montebourg. On ne sait s’il faut le mettre sur le compte de sa naïveté personnelle ou d’une redoutable perversité de François Hollande, ou encore d’un radieux accord des deux sur le pouvoir magique des morts, mais rarement on aura vu ministère proclamant par son nom même, des ambitions si impressionnantes et par ailleurs doté de ressources si indigentes ».

PSA : symbole d’une contradiction

Au fond, sans faire de procès d’intention, on aurait pu y croire à cette histoire. Montebourg n’a pas dit que des conneries dans son épopée des primaires en prenant le vide béant laissé par la Gauche du PS qui s’est fait Harakiri. Mais de Sanofi à Technicolor on pouvait deviner la complexité de la situation. Les premiers annoncent 1200 à 2500 suppressions et affichent pourtant 6 milliards de profits en 2011. Plus 1,3 milliards de dividendes versés (certes contre 3,1 en 2010, c’est la crise quoi !) ainsi que le rachat d’actions pour 1 milliards (augmentant le bénéfice pour chacune des autres). C’est tellement gros que ça ferait dire à Parisot qu’il s’agit là de l’œuvre de « patrons voyous ». Mais pour PSA c’est une autre paire de manche. Un des symboles de l’industrie française annonçant un plan social touchant plusieurs dizaines de milliers d’emplois (8000 directs à Peugeot), ça m’a tout l’air d’une claque dans la gueule.

Car si l’entreprise n’est pas exempte de tout reproche dans sa gestion, elle n’affiche pas pour autant un tableau à la Sanofi. Elle met donc en évidence un autre phénomène bien plus global : les conséquences des règles économiques néo-libérales imposées par les marchés, notamment via le truchement de l’Union européenne. Ces règles (budgétaires, monétaires,…) placées sous l’égide de la sacro-sainte « concurrence libre et non-faussée » enfoncent les états européens dans la récession dont sont directement issues les difficultés de PSA. Or, on ne peut pas dire que le Parti Socialiste (et d’autant moins ce qu’en représente Hollande) ait vaillamment combattu cette Europe austéritaire. Au contraire, les socialistes l’ont largement accompagnée, qu’il s’agisse de leurs représentants internationaux comme Pascal Lamy (à l’OMC), Strauss-Kahn (au FMI) ou nationaux comme Hollande himself, notamment à travers les « négociations » (lol) sur le Traité de stabilité européen.

Le plan social annoncé par PSA met donc en évidence la dure contradiction des socialistes. Prisonniers entre de jolis intitulés ministériels sauce « redressement productif » et l’évidente collaboration avec la finance mondiale à des fins diamétralement opposées. Vous savez ce qu’on dit de la barricade…

Bon et on s’en sort comment ?

C’est vrai, ce serait trop facile de s’arrêter là. Alors qu’est-ce qu’on fait, une fois au pouvoir comme le PS, pour pas tout laisser partir en fumée ? On remet en cause les règles :

  • on augmente les salaires pour relancer la machine,
  • on reconvertit écologiquement l’industrie (et sur l’automobile c’est un beau chantier),
  • on remet à plat cette stupide dette dont une bonne partie n’est faite que de fiscalité injuste et de taux d’intérêt dus à l’idée absurde qu’il ne faudrait emprunter qu’au marché,
  • on met en place une fiscalité aux frontières (oui un protectionnisme) en fonction de la distance et des conditions de production des marchandises, et on y associe, sinon l’Europe entière, tous les pays européens (et plus ?) qui se rendent bien compte que le dogme néo-libéral nous pousse dans un précipice
  • on remet à plat le rôle de la Banque Centrale Européenne, et si certains ne veulent pas, on trouve des alliés pour en faire une autre, ou on réquisitionne la Banque Centrale de France qui imprime toujours des euros.

Le pavé dans la mare est jeté. Une bataille s’annonce, qui risque d’être rude mais qui a le mérite de se faire au nom du peuple et croyez bien que si la France s’y lance elle emportera du monde…

Une dernière idée ?

Et pour les abus à la Sanofi ? Le droit de préemption des salariés en cas de délocalisation peut être un frein à ce genre de plan sociaux. Mais d’autres leviers existent également, et frappent fort au porte-monnaie. La Bourse doit cesser ses cotations en continu pour limiter son impact sur les emplois. Sa fermeture se défend même mais cela mériterait un article dédié. Un revenu actionnarial maximum au-delà duquel l’Etat taxe à 100% doit également être imposé. Ainsi la finance ne pourra plus ponctionner toute la richesse créée par une entreprise.

Et enfin, il faut obliger toutes les entreprises à cotiser à un fond qui prendra entièrement en charge les plans sociaux (formation, mobilité et insertion professionnelle de tout le personnel licencié) et qui sera sous contrôle des salariés eux-mêmes. Peut-être que la peur du coût que peut occasionner une délocalisation pour ces admirables comptables les ferait revenir à la réalité. Qui faute paie, après tout…

Romain JAMMES

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7 réflexions sur “Ce que PSA a à nous apprendre

  1. Qu’est-ce que j’aimerais être d’accord avec cet article !
    Parce que dans le fond, oui, nous sommes globalement d’accord. Mais il y a des points qui me gênent néanmoins.
    Tout d’abord, une confusion entre d’une part la concurrence libre et non faussée et d’autre part l’austérité. Ce sont deux conséquences d’une même idéologie néolibérale, mais pour autant le principe est fort différent.
    Ensuite, il faut se souvenir que la cotation en continu française ne touche que 40 entreprises (dont certaines ont plus d’employés à l’étranger qu’en France) regroupées sous le nom CAC 40.
    Enfin, j’ai un peu de mal avec la taxe ne touchant que le revenu actionnarial (je préfère m’attaquer au revenu tout court, et c’est plus dur à contourner), et ton idée de fond de cotisation me semble quelque peu fumeuse (en ce sens que j’ai du mal à voir à quel moment l’entreprise doit cotiser, et quel effet dissuasif ça peut avoir).

    Bon, d’accord, c’est vrai que je cherche la petite bête. Reste que l’article m’a beaucoup plu.

    • Salut,

      La concurrence libre et non-faussée alimente l’austérité. C’est une principe qu’il est très dur de remettre en cause et qui empêche (théoriquement) toute mesure de relance industrielle digne de ce nom. C’est aussi au non de ce principe qu’on libéralise des pans de l’industrie comme les transports, l’énergie etc… Ce qui fait partie intégrante d’une politique d’austérité.
      J’ai peut-être été un peu rapide sur cette question car ce n’est pas l’essentiel de la démonstration.

      Oui les cotations en continue ne concernent que le CAC 40 mais touchent l’ensemble des entreprises avec les sous-traitances etc… Je pense que la cessation des cotations en continue peut permettre à l’insdustrie d’être moins soumises aux impératifs des actionnaires. Mais comme j’ai précisé, cette mesure ou la fermeture de la Bourse demanderait un article à part entière.

      La taxe touchant les revenus des actionnaire peut être soit un complément soit une étape au revenu maximum pour lequel je me bât. Évidemment les hauts revenus sont un obstacle à une économie saine, quelle que soit la source de ce revenu.
      L’idée du fond de cotisation, je la reprend à Lordon. Biensur les détails sont à préciser. Mais l’idée c’est d’avoir une cotisation continue et qui augmente en fonction des besoin pour financer l’ensemble des plans sociaux. En gros, quand les entreprises font des plans sociaux, les cotisations augmente, ce qui constitue un effet dissuasif important. La question est de savoir quelles entreprises cotisent. Lordon est favorable à ce que ce soit toutes parce qu’à long terme ça rééquilibre l’industrie même si dans un premier temps c’est difficile pour les petittes entreprises.

      Il faut que j’aille fouiller un peu l’idée.

      Merci en tout cas =)

      • De rien camarade. Et bonjour, d’ailleurs, en passant.

        Je te donne raison concernant la concurrence libre et non faussée, qui se trouve il est vrai indirectement responsable de la grande complexité d’une politique de relance, et donc de l’austérité.

        Cependant, je ne crois pas qu’il faille renoncer à la cotation en continu. Il me semble beaucoup plus efficace de séparer dans le temps l’acquisition de l’usufruit d’une action ou obligation et celle de son abusus. En clair, celui qui achète une action ou une obligation obtient immédiatement le droit de s’en servir et d’en tirer des dividendes, mais n’a le droit de la vendre qu’après un certain délai (disons trente jours). Ça empêcherait toute une partie de la spéculation de court terme. Resteraient tout de même quelques gros morceaux : régulation des produits dérivés et marchés à terme, ainsi que séparation des activités des banques.

        Quant au fond de cotisation, ça me semble en effet complexe à mettre en place.

        Au plaisir de te revoir sur Toulouse,
        François.

  2. Ah, si les responsables du PS (à ne pas confondre avec les socialistes convaincus) pouvaient faire tout ce que vous dites, nous n’aurions plus besoin d’exister… Mais bon peut être que Montebourg tirera un peu le PS vers la gauche. Au moins, qu’il ne soit pas resté au PS pour rien!

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