Non, « féminisme » n’est pas un gros mot !

Cachez ce mot que je ne saurais voir !

Y a des jours où on se demande vraiment ce qui passe par la tête des gens, qui plus est de gauche, quand on leur parle de féminisme. Je ne reviendrais même pas sur nos mésaventures de soirées ou sur les débats qui font débat (ça fait deux fois débat, tiens ça fait trois fois même). C’est souvent trivialement le simple mot « féminisme » qui hérisse le poil de certains, et encore plus malheureusement de certaines. Oui, vous avez bien lu, d’ailleurs si vous avez eu l’occasion de parler de ce combat, quel que soit le cadre, c’est un des reproches récurrents qui vient assez spontanément sur la table, vous devez le savoir.

Mais les féministes sont des têtes de mules, sinon elles (quand c’est une majorité de femmes on accorde au féminin ok ?) se seraient tues depuis longtemps face au matraquage quotidien de la propagande machiste. D’ailleurs on reconnait bien une féministe quand on lui demande de déplacer une montagne. Elle ne pouffe pas devant la tâche à accomplir mais demande où est la cuillère pour commencer à creuser. Alors en leur (en notre) honneur je vais essayer tant bien que mal de participer au déplacement de celle-ci.

Dans féminisme il y a femme

Aïe, on touche direct le plus sensible… Comme le fait remarquer le tableau des trolls les plus récurrents dans les discussions féministes (plus bas), le simple terme suscite un certain nombre de réactions. Notamment celle qui consiste à se revendiquer « égalitariste » plutôt que « féministe ». Il existe évidemment quelques corollaires comme « je suis féministe parce que républicain » ou « je suis féministe parce que humaniste » comme si, au final, il fallait se justifier de ce combat même quand on a la décence de l’appeler par son nom.

C’est, dans l’un ou l’autre cas, l’omniprésence outrageuse de « femme » dans l’expression féministe qui est à l’origine de la défiance. cette présence est, pour beaucoup, synonyme d’une forme de sexo-centrisme ou d’un mouvement anti-mec de castratrices. Pour ces parangons de l’universalisme, associer un groupe quelconque à une lutte rentre donc en contradiction avec leurs idées, le féminisme est associé à un particularisme ou un communautarisme par essence anti-républicain. C’est la même réflexion qui conduit beaucoup de camarades à rejeter l’idée de la parité au même titre que celle de la discrimination positive (je reviendrai une autre fois sur cette question). Après tout, c’est bien l’égalité et l’émancipation de tous les êtres humains, pas celles des femmes en particulier, qui sont les mères de toutes les batailles.

Il y aurait bien…

Oh, mais, un détail me vient soudainement à l’esprit. N’existe-t-il pas déjà un mouvement politique et social se revendiquant d’un groupe sans pour autant émouvoir nos si pointilleux contradicteurs…  Peut-être cela vous dit quelque chose. Au beau milieu du XIX siècle un groupe d’oppressés a, en effet, donné son nom à ce qu’on appelle si prosaïquement le « mouvement ouvrier ». Un mouvement composé en grande partie d’ouvriers et donc d’opprimés, mais aussi de bourgeois (et donc d’oppresseurs). Toutefois il portait le nom du groupe d’oppressés qu’il défendait : les ouvriers. De la même manière, aujourd’hui le féminisme se compose en grande partie de femme (le groupe opprimé) et dans une moindre mesures d’hommes (le groupe oppresseur). Y-a-t-il a s’offusquer de ce qu’il s’associe au nom de l’oppressé ?

Le mouvement ouvrier, malgré son nom si peu gracieux (oui vous savez les ouvriers sont sales, moches et stupides), n’était pas porteur de revendications uniquement corporatrices. Il n’avait pas non plus pour finalité de couper la tête à tous les bourgeois, même si, il faut le dire, certains le méritaient bien. En effet, ce sont les valeurs universalistes des Lumières que le mouvement ouvrier a porté, avec, évidemment, des revendications actualisées par un mode d’exploitation liée à la révolution industrielle. Ainsi on attribue très largement l’école publique à une revendication du mouvement ouvrier, comme la protection sociale pour toutes et tous, ainsi que la couverture maladie. De belles invention qui font la joie de tous les Français (si tant est qu’elles ne soient pas piétinées par le gouvernement) qu’ils soient ouvriers ou non.

Alors pour quelle raison faire un procès d’intention d’un mouvement sous prétexte qu’il porte le nom de l’oppressé ? Cette défiance est d’autant plus incompréhensible que les revendications du mouvement féministes sont des revendications universelles. Le contraire reviendrait à penser que revendiquer l’égalité c’est ne penser qu’à un groupe uniquement ; ou encore que vouloir briser les stéréotypes de genre c’est vouloir construire une domination et des privilèges pour les femmes. Ce serait peut-être que l’objectif des féministes est de nous couper les couilles, bien que, encore une fois, certains le méritent. Non, les hommes ont besoin du féminisme car l’égalité les concerne et qu’ils subissent également les stéréotypes de genre. Le mouvement ouvrier se doit d’être féministe car dans l’application de ses revendications il a bien souvent oublié la moitié de l’humanité.

Alors pour quelle raison, autre que misogyne, reprocherait-on au féminisme son nom ? Et de quel droit une personne s’autorise-t-elle à renommer un mouvement social séculaire sous prétexte que cela bouscules quelques-unes de ses certitudes ?

 

Je plaisantais plus haut en disant que le mot ouvrier était sale. Mais à n’en pas douter, aujourd’hui, pour beaucoup, le problème dans le « féminisme » c’est qu’il y a « femme »…

Romain JAMMES


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17 réflexions sur “Non, « féminisme » n’est pas un gros mot !

  1. OUI,il y a ces GROS MOTS,toujours les mêmes!!!! et je finissais par croire qu’il fallait en trouver d’autres;mais par quoi remplacer « FÉMINISME »? et « OUVRIER »,va falloir trouver pour faire comprendre aux petites têtes ce que sont ces « GRANDS MOTS » posés sur de grands maux de société! catherine thomas

  2. Pingback: Non, « féminisme » n’est pas un gros mot ! | Revue de presse féministe et féminine | Scoop.it

    • Bonjour. J’ai lu votre article, et il m’a profondement attristé. Vous vous acharnez à présenter le féminisme comme une lutte, mais refusez de comprendre que dans une lutte, il y a des opposants. Et c’est précisement ces opposants qu’il faut prendre en compte. S’il est un stupide mysogine, alors il faut lui parler de manière à ce qu’un stupide mysogine puisse comprendre et surtout accepter. En plus de cela, le terme de féminisme pose en lui même une différenciation, un séparaison entre les deux genres : « nous nous battons pour les femmes » (et on aura vite fait de faire l’amalgame « contre les hommes »). Le pire moment fut quand l’argument « j’suis pas féministe mais égalitariste » a été présenté comme du troll anti-féministe alors qu’il s’agit de son avenir sage et éclairé. Parce que c’est bien de s’accrocher à ses valeurs, mais vouloir garder son nom coute que coute parce que « ça a toujours été comme ça » au risque de faire stagner le débat à jamais et de créer des dissensions, c’est tout sauf une bonne idée. Parce que le féminisme c’est pas un combat pour les femmes, mais pour l’avancement de la société vers quelque chose de plus sain, ça vaut bien la peine de se faire appeller « égalitariste », ou même « anti-sexiste » (même si ce dernier présente un anti, donc une lutte ouverte, alors que l’égalité est une valeur grande et évocatrice).

      Ah, et non, tant qu’il y aura quelques hommes, la langue française veut qu’on dise « ils » pour les féministes, et c’est pas plus mal, ça montre que des hommes peuvent se joindre à la cause. En refusant de l’appliquer, vous accentuez d’autant plus le rejet de l’homme dans le concept de féminisme.

  3. C’est classique de voir des mots changer de sens ou de connotation: c’est la base d’une guerre idéologique. Aujourd’hui, toutes les femmes politiques se revendiquent du féminisme, même celles qui défendent le mieux le système patriarcal comme Marine Le Pen, NKM ou Morano. Du coup, les cartes sont brouillées, et pour le citoyen moyen, le mot « féminisme » sonne plus comme « démagogie à destination des femmes » que « combat pour le progrès humain ».
    La confusion commence dans la tête des gens quand on traduit le mot féminisme en « pour les femmes » comme on traduirait de manière simpliste n’importe quel mot en « isme »: socialisme en « pour le social », ou capitalisme en « pour le capital »
    Or, tout le monde, ou presque, est « pour les femmes ». même les pires machos aiment leur maman.
    à mon sens, le mot « féminisme » est devenu confus à cause de son étymologie qui prête à milles interprétations et ne désigne pas précisément quel est l’objet du combat. Personnellement, j’aime bien le terme « Antipatriarcat » car pour le définir, il faut comprendre ce qu’est le patriarcat… et lorsque c’est fait, c’est déjà un grand pas en avant pour… le féminisme!

  4. Bonjour,

    Tout ceci n’est que de la sémantique, la réalité se voit sur le terrain.

    Ce que l’on peut y voir est empreint d’un machisme de plus en plus fort et de plus en plus pressant :

    • Les quolibets à l’encontre de Cécile Duflot à l’assemblée.
    • Le port du voile intégrale des femmes musulmanes et le silence assourdissant des défenseurs des droits de l’homme et de la femme notamment de gauche…

    http://tempsreel.nouvelobs.com/societe/20120726.FAP6089/trois-policiers-blesses-lors-du-controle-d-une-femme-voilee-a-marseille.html

    Par lâcheté politique, vous laissez en France s’installer un islam extrêmement réducteur pour la femme et plus généralement un islam moyenâgeux.

    Ces exemples paraissent isolés dans notre société voir anecdotique quand on regarde le système d’information télé ou papier mais au quotidien ils sont omniprésents dans notre société dite « évoluée ».

    Où est l’évolution quand une société laisse s’installer des idées et des actes rétrogrades !

    Honte à vous hommes et femmes politiques taiseux, vous vous montrez offusqués par les railleries à l’encontre de Cécile Duflot qui sont minimes quand des femmes souffrent en France d’être traitées en esclaves sous leur camisole de tissu dans l’indifférence, je dirais même avec la complicité des politiques de gauche aujourd’hui au pouvoir.

    Regardez ces femmes entièrement emprisonnées sur nos plages alors que leurs maris se baignent comme les autres. Ça ne vous interpelle pas ?

    Continuer, vous politique de gauche en tout genre venir nous donner des leçons de morale quand vous n’êtes même pas capable de défendre les fondements même de notre république, vous faites le jeu du FN !
    C’est sûrement ce que vous chercher d’ailleurs, laisser à MLP le soin de faire ce que vous êtes incapable de faire…

    Arrêtez un peu de philosopher ou de blablater et passer un petit peu plus aux actes.

    Filou91

  5. Bonjour,

    Tout d’abord, tu te trompe sur une chose : ce n’est pas que de la sémantique. Les mots ont un sens et transmettent des normes. Si nous appelons le chef de l’Etat Président et non plus Roi c’est que le sens est différent. C’est une bataille parmi d’autre et je te rassure j’ai assez de neurone pour ne pas n’en avoir qu’une…

    Je n’ai pas la sensation que je laisse l’Islam extrême s’installer. Je défend la Laïcité donc la non reconnaissance et le non financement des cultes par l’Etat. C’est davantage la droite et l’extrême droite qui attise les tensions entre communautés pour avoir une population à stigmatiser et s’encrer dans le choque des civilisation. Quand au rabaissement de la femme, je t’assure qu’il n’a pas court que sous religion musulmane mais toutes les religions du livre sont à mettre à la même enseigne à ce niveau.

    Je ne vois pas en quoi s’offusquer d’une attitude matcho des députés de droite empêche de se battre par ailleurs contre la domination masculine dans la société. Je crois également que tu ne sais pas ma positition sur le voile et que tu te bases simplement sur la stupide loi votée par l’UMP pour monter en popularité mais qui n’a JAMAIS été appliquée et ne le sera pas car elle n’est PAS FAITE POUR CA.

    Puis-je avoir des précisions sur ma non capacité à défendre les fondements de la République ? N’est-ce pas toi qui parles beaucoup, qui blablate ?

    Ensuite je ne te permet pas de juger sans savoir mes actes. Je ne sais même pas qui tu es, un bouffon probablement vu le commentaire, et tu viens TOI donner des leçons comme si je restais le cul vissé sur ma chaise ?

    Malhonnête et puéril. J’espère que celui qui a écrit ce commentaire n’a pas plus de 12 piges.

    • La laïcité ne se résume pas au non financement des cultes par l’Etat, et au fait que l’Etat ne promeut aucune religion (et n’en définit pas les croyances), la laïcité, c’est avant tout l’idée que l’Etat (neutre, car n’étant pas une église) organise la cohabitation des différentes croyances et non-croyances, et que la religion doit obéissance à l’Etat.
      Marrant, comme on oublit le principal dans la laïcité.
      Pour info : « musulman » est un terme qui désigne les adeptes de l’islam.
      « islamique » est un adjectif qui se rapporte à la religion qu’est l’islam.

    • Romain,

      Le début de ta réponse me convient même si je ne la partage pas, la fin résonne plus comme de la gaminerie. Je pense que tu devais être fatigué !

      C’est quand même drôle avec vous gens d’une certaine gauche, quand on n’est pas d’accord avec vous ont devient tout de suite malhonnête et puéril, où bien des bouffons !

      Romain, tu commets un amalgame, je ne t’ai à aucun moment nommé dans mon ticket, j’ai parlé de certaines personnes politiques de gauche, le « vous » employé est généraliste et non adressé à toi personnellement. Maintenant, peut-être que mon ticket t’a touché et tu te sens ainsi concerné directement par celui-ci.

      Toi non plus tu ne me connais pas, quand tu en auras fait autant que moi (sport, politique, syndicalisme, écologie, quartier, etc) tu pourras parler sur mes commentaires. C’est justement en m’étant investi dans ces différents secteurs que je peux avoir une certaines idées de la société dans laquelle on vit actuellement dans tous les cas certainement plus large que la tienne.

      A ce titre, je vois une dérive de la société depuis les 30 dernières années, il est vrai accentuée par la crise aujourd’hui. Tout le monde voit bien que la laïcité n’est pas respectée, les signes ostentatoires religieux qui se multiplient sur notre territoire notamment chez les musulmans en toute impunité. C’est juste une constatation, si tu le veux, on peut ouvrir le débat, je n’ai aucune objection votre honneur !!!
      Je ne fais que donner un sentiment personnel à ton ticket, à ce titre la fin de ton intervention  » un bouffon probablement vu le commentaire, et tu viens TOI donner des leçons comme si je restais le cul vissé sur ma chaise ? Malhonnête et puéril. J’espère que celui qui a écrit ce commentaire n’a pas plus de 12 piges. » est totalement inutile et n’apporte rien au débat que j’ai lancé et montre là, Romain, tout simplement ta faiblesse en la matière !
      Merci à toi Romain, d’accepter de publier des tickets contradictoires sur ton blog, c’est tellement rare de nos jours.
      A bientôt sur ton blog
      Filou91

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