« DIY » Le crédo d’une culture émancipatrice

 

Longtemps posée comme instrument d’émancipation, la culture serait-elle désormais devenue un outil d’asservissement des masses ? En Mai 68, on assistait par l’appropriation de la culture, à la formation d’une intelligence populaire et collective orientée vers l’émancipation du plus grand nombre. Cette synergie artistique et politique permettait alors de penser les conditions du progrès social par nos propres moyens. Mais il suffit d’ouvrir un peu les yeux et ses petites oreilles pour finalement comprendre que la culture ne comporte pas forcément ce genre de caractéristiques. Transformée aujourd’hui en machine à cracher des billets, la culture est devenue une sorte de soupe que l’on nous sert sans bol. Sans limite, tout est devenu culture et nous voilà forcé de l’avaler. Le producteur et le consommateur étant bien séparés, le produit artistique, comme n’importe quelles publicités ou autres propagandes, doit répondre aux attentes des consommateurs plus ou moins ciblés, afin de tendre vers son objectif : « Make money money ». La culture est alors vidée de toute subversion et ne devient qu’un simple instrument de domination parmi tant d’autres. Et même dans le cadre d’un démocratisation de la culture, comme lorsque l’on a envoyé ma classe de première L à l’opéra, on se casse vite les dents. Il y a surement beaucoup de mes camarades qui n’y ont d’ailleurs jamais remis les pieds. Pourquoi ? Le prix, mais surement ajouté à l’éducation lié à leur milieu social d’origine, dans lequel on préfère souvent rester devant la télé à regarder des séries ou des films téléchargés gratuitement (je ne juge pas). Enfin de compte cultivé ou pas, la culture a un coût et nos pratiques restent toujours clivées par la taille de nos portefeuilles. Malgré tout, on a finalement réussi à arracher une grande part de la culture à son public bourgeois traditionnel, mais le combat ne s’arrête pas là. Tant qu’il existera une division entre producteur et consommateur dans les domaines culturelles, la culture de masse restera le vecteur d’une idéologie dominante ; que ce soit l’idéologie du parti nazi promu par le cinéma allemand de l’époque, totalement contrôlé par l’État en la personne de Joseph Goebbels, ou bien la promotion des idées machistes, libérales, xénophobes, consuméristes et j’en passe, promues par l’ensemble des médias appartenant aujourd’hui à des groupes industriels et financiers ayant tout intérêt au maintient de la société dans son état actuel.

 

Il nous faut donc penser à l’appropriation de la culture par les consommateurs eux-mêmes. Et tout ça, ne semble pas chose simple puisque la société nous place souvent, nous petit peuple besognant, en simple spectateur de nos vies. D’abord, on nous demande à l’école d’écouter et d’apprendre sans rien broncher, et plus tard de la même manière, on comprend bien qu’on s’est fait plumer par blanc bonnet pour que l’intervenant politique factice de BFM TV puisse nous expliquer que tout ceci est bien trop compliqué pour nous et que bonnet blanc avait déjà gagné les élections avant même qu’on n’ait eu le temps de voter. On mélange tout ça avec d’autres expériences du même type pour à peu prêt l’ensemble des classes laborieuses, et ça nous donne une belle société plongée dans une léthargie à en faire pâlir un paresseux. Tout ça pour dire que la liberté, c’est pas pour demain. Et pourtant, cette émulsion créatrice aux vertus émancipatrices est quelque chose que l’on voit parfois apparaître lors de simples grèves, où les militants commencent à fabriquer des trucs et s’organiser par leurs propres moyens. C’est dans ce genre de dynamiques que les gens se réinventent, sans même s’en rendre compte. Et c’est bien par ces brèches que nous pouvons enfin découvrir des pratiques artistiques et culturelles orientées vers une émancipation collective.

 

Une de ces brèches est d’ailleurs bien ouverte. Ainsi, poussé par les nécessités économiques, s’est développée une sorte de système D(ébrouille) collectif et informel proposant à tous d’être acteurs de son émancipation matérielle et intellectuelle. Le mouvement DIY « do it your self » (fait le toi même) navigue entre bricolage et activités artistiques et intellectuelles. Du potager collectif au blog de réflexion politique de deux fortes têtes, en passant par la création de l’album du groupe de Rap musette du quartier, ce concept, qui ne date pas d’hier, fleurit par l’ingéniosité d’une génération et les possibilités que lui a offert Internet. Prenant ses origines dans une des tendances du mouvement hippie américain, il explose à partir des années 2000 et se présente alors comme une contre culture, opposant au « Just do it » de notre société consumériste son concept du « fait maison ». Ce mouvement n’étant ni organisé ni réellement codifié, il ne subit que très peu de dérives sectaire et élitiste propres aux mouvements culturels underground. Ce qui a permis d’élargir le cercle à d’autres acteurs que les hippies mal lavés, les punks mal coiffés et les intellos situationnistes en mal de sensation (toute mes excuses aux personnes qui pourraient se sentir visées. J’adore les punks, les hippies un peu moins et je ne peux me dire situationniste). Et même si ce phénomène touche essentiellement les activités artistiques, il tend petit à petit à s’appliquer à l’ensemble des secteurs de la vie quotidienne, comme peuvent en témoigner le nombre de sites et blogs d’automédication (parfois douteux), d’artisanat, jardinage, etc … se réclamant directement de cette mouvance. Ces derniers sont en réalité de véritables modes d’emploi nous permettant de nous intégrer dans un système où nous devenons acteurs, faisant renaitre alors en nous le désir de s’instruire par soi-même, tout en se divertissant. Le manque de moyens pouvant paraître handicapant sur le début, il est en réalité une force nous obligeant à tisser des liens avec d’autres individus dans le but de partager savoirs faire, expériences et réflexions. Le principe impose alors une certaine forme de partage et de solidarité.

 

De cette manière, le concept du DIY a pour but de fonder une totale autonomie alimentaire, artisanale, intellectuelle et économique pour chaque individu s’y impliquant. Le principe de faire tout soi-même à partir d’objets de récupérations pose les bases d’une économie écologique, proposant une alternative à notre société de surconsommation et de gaspillage, qui apparaît aujourd’hui comme dévastatrice à la fois pour la planète mais aussi pour notre santé. Le bricolage qui en découle, ressemble plus souvent à du bidouillage. Pourtant il est à l’origine de nombreuses inventions très intéressantes, bien que méconnues, tel que le « bricophone », sorte de téléphone libre, ou les « machine à laver open source ». Ce réseau de production alternatif paraît ainsi comme salvateur pour nos sociétés, même s’il reste encore trop méconnu.

 

Pour finir, ce crédo semble être une des lignes directrices à suivre afin tendre vers une émancipation individuelle et collective. Notamment parce qu’il permet à chaque pratiquant de construire sa propre individualité, ou simplement parce que le partage et la solidarité est un élément moteur de ce système qui est par essence écologiste. Devenir nous même producteur de culture, d’informations et d’activités est donc une des conditions à remplir pour s’affranchir en partie du système de domination que nous impose nos sociétés modernes. Mais c’est aussi un moyen d’influer sur ces dernières, à condition de ne pas s’en exclure totalement. Enfin bref, même si nos actions ne sont pas glorieuses, ni spectaculaires, ce qui compte c’est ce que nous faisons et avec qui nous le faisons, il faut tout simplement essayer. Car penser que tout serait plié d’avance aurait des conséquences catastrophiques, et s’en convaincre tient en définitive de la paresse. Alors chèr(e)s ami(e)s et camarades si « le  changement c’est maintenant », ne l’attendez pas, « faites le vous même ».

 

YAGOUBI Florian

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Une réflexion sur “« DIY » Le crédo d’une culture émancipatrice

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