Le SMIC : coup de pouce ou doigt d’honneur ?

Vous en pensez quoi, vous, de ce coup de pouce au SMIC ? Je ne suis pas du genre à faire des procès d’intention, alors naïvement, j’ai davantage pensé au gros pouce de la Société Générale qu’au doigt d’honneur auquel on a eu le droit. Déception, forcément, mais colère surtout, devant le mépris d’une si ridicule augmentation (2%, ce qui, ramené à l’inflation, fait 0,6% d’augmentation effective). C’est que le SMIC, c’est pas la folie des grandeurs ces temps-ci… À peine à 100 € de plus que le seuil de pauvreté (pour ceux qui ont la chance de bosser à plein temps), croyez bien que pour beaucoup c’est le 2 que commence la fin du mois…

Mais pour certains, la gauche au pouvoir, ça veut dire l’augmentation des salaires. Ça parait logique, c’est validé par l’histoire, mais surtout c’est un besoin absolu. L’augmentation des loyers ne connait pas d’égal, et plus largement encore, l’ensemble des dépenses de contraintes aspire une part de plus en plus importante des bas revenus. Des dépenses de contraintes ? Oui, vous savez, les luxes du genre un toit avec de l’eau, de l’électricité, un téléphone, Internet et une assurance. En bref, tout ce qu’on dépense avant de s’acheter un bifteck parce que c’est prélevé directement. Dans l’océan de misère que cela génère, on peut noter toutefois la portée révolutionnaire du retrait brutal d’une telle somme sur les comptes d’autant de monde. C’est Cantona qui doit être content !

Vous comprendrez donc qu’on se fâche tout rouge, mais aussi qu’on ait une peur bleue pour la suite car si en 1981 l’augmentation était de 20%, en 2012 de 2%, je vous laisse deviner ce qui se passera en 2017. Alors je ne pense pas inutile (sinon arrêtez-vous là hein !) de faire ce petit rappel : pourquoi l’augmentation du SMIC ?

Vivre de son travail

Figurez-vous qu’il y a des gens particulièrement malins qui ont vachement réfléchi à notre système démocratique, à commencer par les philosophes des Lumières et les socialistes des XIXe et XXe siècle. Leur idée était assez simple, pour garantir l’égalité politique, il faut limiter les inégalités économiques et notamment permettre à chacun d’être indépendant et de pouvoir vivre décemment de son travail. De vrais gauchistes ! Une indépendance qui permet d’éviter un phénomène assez répandu : la domination sociale du vote.

Alors le SMIC, c’est un peu l’aboutissement de tout ça, matérialisé par le CNR dans son programme et gravé dans le marbre peu après la libération. Alors les analyses des libéraux selon lesquelles le SMIC créerait du chômage et contracterait l’échelle des salaires c’est de la flûte : la question d’un salaire minimum est celle d’une vision de la société, les calculs pingres des bourgeois n’ont pas à y intervenir…

Une mesure féministe

J‘imagine que la plupart d’entre-vous le sait (si je vous l’apprend c’est que je n’ai pas servi à rien), les femmes sont bien moins payées que les hommes dans le monde du travail. Le SMIC est donc déjà relativement efficace en ce qu’un smicard gagnera par heure la même somme qu’une smicarde. De manière général, la contraction de l’échelle des salaires ne peut être qu’une bonne nouvelle pour l’égalité aussi…

Par ailleurs, on ne peut nier le fait que les smicards sont en majorité des smicardes. Et qu’il s’agit d’un salaire horaire. Or, dans notre belle société, les tâches ménagère n’étant pas toujours réparties de manière hyper-progressiste (80% pour les femmes), une écrasante majorité des temps partiels, qui plus est au SMIC, est jalousement accaparée (oh la chance !) par des femmes. L’augmentation du SMIC est donc un des leviers les plus rapides et les plus efficaces pour augmenter le revenu des femmes et leur permettre une plus grande indépendance. Plutôt pas mal non ?

Relancer l’économie, sortir de la crise tout ça tout ça

Là on touche une autre corde sensible. En effet, c’est le moment où ça bloque chez beaucoup de gens qui croient encore que les chroniques économiques de BFM-TV sont faites par des économistes (oh putain l’erreur !) ou que Elkabach a toute sa tête (encore plus grosse erreur !). En effet, pour ces idolâtres libéraux, la logique de l’austérité fait loi. Et pour cause, son principe est simple, garantir et développer les profits des grands investisseurs. Pour cela, rien de plus efficace que de payer à coup de lance-pierre ses salariés et de conquérir de nouveaux marchés grâce aux privatisations. La perte du pouvoir d’achat liée au gel des salaires et à la réduction des minimas sociaux engendre une dégringolade de la consommation, et par là même du chiffre d’affaire de nombreuses entreprises, elle-même obligées de licencier et ainsi de baisser encore le pouvoir d’achat. Les recettes fiscales sur le revenu et la consommation s’effondrent et plombent les comptes publics. La fiscalité injuste des libéraux n’arrange rien et le pays a recours a davantage de prêts ce qui lui coûte d’autant plus en intérêts. La « confiance des marchés » (lol !) tangue et les taux d’intérêt s’envolent, tout comme la dette publique qu’ils emportent avec eux… Pour résoudre tout ça, le FMI et la commission européenne proposent de renflouer les banques détentrices de titres de la dette publique du pays en échange… de plus d’austérité, ce qui aggrave le problème…

Nous, de gauche (ah mais quelle horreur !), on augmente le SMIC en voulant prendre le processus inverse. Augmenter le SMIC c’est augmenter le pouvoir d’achat (oui un smicard augmenté ne met pas son argent sous son matelas). Donc cela augmente la consommation, les carnets de commandes se remplissent et permettent, ô miracle, aux entreprises d’embaucher et d’augmenter ainsi encore le pouvoir d’achat. L’augmentation des recettes fiscales liées aux revenus et à la consommation permet le financement de protections sociales et de services publics ( et résorbe la dette publique, tant qu’à faire). Chacun vit un peu mieux sauf… les actionnaires et les gros salaires car c’est eux la variable d’ajustement. Peut-être aussi les chroniqueurs économiques quand on s’apercevra qu’ils récitaient des conneries depuis le début.

Il ne s’agit donc pas d’augmenter le SMIC malgré la crise mais plutôt comme une solution à la crise. Subtil raisonnement qui est lié à notre capacité à avoir du bon sens. Ça alors !

Vous l’aurez compris, l’augmentation du SMIC, elle est salvatrice pour la gauche. Alors vouloir l’augmenter de si peu c’est se moquer du monde et surtout de cette masse miséreuse qui galère à vivre dans de bonnes conditions. Il n’y a aucune raison, autre que de vouloir lécher le cul au système financier, de ne pas augmenter bien plus les bas salaires. Comme je disais, je ne fais pas de procès d’intention. Alors j’espère que d’ici demain, le gouvernement se rappellera ce qu’est la gauche.

Romain JAMMES
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10 réflexions sur “Le SMIC : coup de pouce ou doigt d’honneur ?

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  7. Tout petit problème : le topo keynésien ne marche qu’en économie fermée. Sinon, ça fait 1983 : on augmente les salaires et ça enrichit les pays étrangers et déprime (économiquement) la France…

    • une réponse simple au tout petit problème : l’écosocialisme et en particulier le protectionnisme solidaire afin de relocaliser l’économie tout en limitant le dumping social…

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