Être féministe en soirée…

Être un OVNI

Les féministes… (aïe quand on commence un article pas « les féministes » on perd déjà du monde)… Je disais, les féministes pourront vous le dire, il n’y a souvent rien de plus complexe à défendre que le droit des femmes autour d’un verre entre amis. On dit même que si on sait le faire, on arrive, au final, à tout défendre. C’est vous dire si j’ai du boulot. Car comme l’a bien fait remarquer Eve Robert sur le blog Mauvais Genre (que j’ai découvert pour l’occasion), c’est loin d’être évident pour une femme de venir briser des millénaires d’idées reçues avec 3 grammes d’alcool dans le sang et un auditoire qui, (il faut être honnête), n’est pas spécialement venu pour prendre des leçons. Et pour un homme ?

C‘est que ça demande un sacré travail sur soi le féminisme, tant nous sommes bourrés de petites habitudes sexistes auxquelles nous ne faisons plus vraiment attention. Mais ce qu’il y a de plus remarquable, c’est bien l’uniformité des réactions quand vous tentez, tant bien que mal, de rompre le silence… Alors, les gens, ils réagissent comment quand un homme se dit féministe ?

En arriver là…

Bon déjà je coupe court à l’idée que se font déjà certains : je n’essaye pas à tout prix d’aborder cette question à toutes mes soirées. C’est un peu le point Godwin qui vient toujours d’autre part mais qu’on finit nécessairement par reprendre en main pour rétablir toute la vérité. Ça commence par la manière dont l’hôte vous dit en guise de « bienvenue » devant tout le monde : « ce soir, on parle pas politique ! ». Outre le fait que ça vous colle une certaine étiquette pas toujours évidente à porter, vous pouvez être sur qu’au bout de 2 verres, une langue se délie et vient aborder le sujet finement (ou pas) :

« Non mais en vrai c’est bien de s’engager hein ! ». Comme pour te remonter le moral bien que l’effet soit diamétralement opposé.

Et bien pour le féminisme c’est pareil. Quand la première blague, remarque ou anecdote sexiste (oui il y en a toujours et elle vient assez vite) est lancée, vous avez toujours un fabuleux ami que vous fusillez derechef du regard et qui s’esclaffe : « Arrête dis pas ça devant Romain il est féministe ! ». Cette phrase, sonne comme la cloche qui annonce le début d’un round de boxe. Sauf que toi, t’es venu passer une soirée pour décompresser, pas te coller des beignes.

Mais je confesse, parfois c’est moi qui cherche la merde. Car les remarques misogynes, j’ai appris à les entendre, à ne pas faire gaffe et donc à ne pas immédiatement égorger leur auteur(e) mais j’ai un certain seuil de tolérance. Alors il arrive qu’à la remarque de trop j’improvise une réplique :

Un mec – « Mais ma mère elle est au foyer, elle a trouvé le bon plan en fait !

MoiOui et si un jour elle en peut plus de ton daron elle sera quand même obligée de se le taper pour pas finir sous les ponts… c’est parfait ! »

Ou

Un mec – « Elle a couché avec lui ? Mais quelle pute !

Moi – Non une pute c’est une femme qui fait payer mais ne veut pas coucher avec toi, elle sert juste à te persuader que tu peux t’approprier le corps d’une femme pour te soulager les valseuses. Elle, elle était d’accord et elle a fait ça gratuitement. Je trouve ça assez sain ! »

Les Hostilités commencent

Hostilité est un doux euphémisme parce que tout y passe. C’est d’une conformité à couper le souffle, on retrouve presque au mot près les mêmes remarques à chaque soirée. Je vais donc tenter une brève typologie (que vous pourrez compléter dans les commentaires) :

  • La naïveté : « Non mais aujourd’hui, c’est bon, globalement on est égaux. Chez moi on fait tous la bouffe et la vaisselle par exemple ! » Évidemment cette personne n’est pas au courant que les femmes s’occupent toujours de 80% des tâches ménagères… Et que le monde entier, ce n’est pas sa maison.

  • Le préjugé sur le féminisme :« Ouais mais moi j’aime pas trop les féministes, je veux bien l’égalité mais elles veulent la supériorité de la femme ça n’a pas de sens ! » Celui là sait de quoi il parle il a très probablement déjà lu des ouvrages féministes pour juger…

  • Celui qui dit des trucs horribles sans le savoir : « Moi ce qui m’énerve c’est les femmes qui portent plainte et font semblant d’avoir été battues ou violées. Y a toujours un groupe de féministe pour les défendre. Tu trouves pas ça dégueulasse toi ? » Celui là n’est pas au courant qu’il y a 75 000 viols par an en France, que la plupart ne font pas l’objet de plaintes et que seulement 2% des accusés sont condamnés. Et donc la première chose qui lui vient à l’esprit ce sont les hommes victimes des féministes…

  • L’essentialiste : « En même temps faut dire qu’elles sont faites pour ça, moi je saurais pas quoi faire pour m’occuper d’un gosse. J’ai pas d’instinct maternel quoi ! » Ah l’instinct maternel, comme justifier par la nature le fait que les femmes restent à la maison s’occuper des marmots. Évidemment il ne vient pas à l’esprit de cette personne que si les filles ont des poupons et les garçons des pistolets cela peut avoir un certain nombre de conséquences sur ce qu’ils se représentent apte à faire dans leur vie…

  • Celle qui fout tout en l’air : « Bah moi je suis une femme et je suis pas du tout d’accord avec toi ! » Cette petite phrase a tendance à détruire toute la crédibilité construite en une heure d’argumentation travaillée. Pourtant la personne en question ne s’est pas une seule fois donné la peine de s’expliquer.

  • La Personne qui rapporte tout au sexe : « Ça veut dire que la fellation, la levrette etc… toi t’es contre ? » Faut m’expliquer le rapport !

  • Le mot égalité : « Mais l’égalité ça n’a pas de sens. J’veux dire les hommes en général sont plus forts physiquement par exemple » J’espère que cette personne n’a pas fait d’apoplexie quand il a lu la DDHC.

  • La lutte des classes : « Mais le problème c’est pas ça, une ou un oligarque qui exploite ses salariés ça revient au même. » Celui/celle là est au courant que 99% de la richesse mondiale appartient aux hommes, que les dirigeants mondiaux sont presque tous des hommes, et que les femmes en France gagnent 27% moins que les hommes à poste et formation égale ?

  • Le faux allié : « Tu as raison, faudrait que y ait plus de femme en politique ou chef d’entreprise, ça apporterait plus de douceur et plus d’humanité » Aïe aïe aïe…

  • Le gros lourd : « Ah t’es féministe ? Hey, j’en ai une bonne, c’est l’histoire d’une blonde… » Ce mec va faire des blagues toute la soirée en prenant le soin d’ajouter « Roh ça va c’est de l’humour » en voyant ta tête. Biensur, si tu lui fais remarquer que c’est un gros lourd, il te sort la réplique entendue 1 000 fois : « beh on peut rire de tout, mais pas avec n’importe qui ! » Là, soit on se lance dans une explication de 2h sur Gramsci et la domination culturelle, soit on tourne les talons (soit on devient violent).

  • Le méga-gros-lourdingue : Et enfin celui là il a la palme dit « Allez, arrête un peu ! Tu dis ça c’est juste pour chopper avoue ! » Quel perspicacité !

Y a du travail…

Évidemment j’en oublie. Mais voici les principales réactions et croyez moi, elles ne sont pas caricaturales. À la longue, personne ne peut nier qu’elles ont une influence sur le comportement des féministes. Je peux reconnaître sans peine que les personnes concernées ne sont pas mesquines ou calculées pour la plupart. Elles sont souvent honnête et même parfois prêtes à écouter (quand même) ce que j’ai à dire. Certaines repartent moins connes ou sauront quoi répondre la prochaine fois dans pareille situation. Je pousserai même l’optimisme au point de dire que certaines arrêteront d’avoir ce genre d’attitude si l’occasion de l’ouvrir encore pour dire une connerie machiste se représentait. Toutefois, le comportement de ces individus peut produire un effet inverse. Des personnes engagées finissent par culpabiliser et cacher ce qui ne devrait pas l’être. En somme, c’est une forme d’oppression.

Car si l’homophallus a fait de nets progrès ces dernières années, il n’en reste pas moins très ancré dans cette société patriarcale. C’en est au point que le féminisme est probablement le combat le moins bien partagé au sein de la gauche. Et les choses qui paraissent aller de soi, comme la prostitution, ou la parité sont l’objet d’innombrables débats qui font assez peur je dois vous le dire.

Alors je parie sur le progrès de l’être humain, auquel je tente modestement de participer, pour passer, enfin, quelques soirées tranquilles. 😉

Romain JAMMES

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96 réflexions sur “Être féministe en soirée…

  1. Et si on se faisait payé pour être reconnue dans la case des professionnels? En étant des professionnels on ne rentre plus dans la case des femmes qui font du bénévolat ou de la charité? Oui je sais faire de l’argent c’est mal, faire la chose c’est mal. Les deux mis ensemble quel scandale.

    Au début je m’étais crue féministe… Plus je connais ce mouvement… plus je m’en éloigne. À les lire je me considère vraiment plus humaniste.

    [Le faux allié : « Tu as raison, faudrait que y ait plus de femme en politique ou chef d’entreprise, ça apporterait plus de douceur et plus d’humanité » Aïe aïe aïe…]

    C’est vrai que c’est pas un gage de douceur les femmes… et non plus d’humanité, juste à voir comment elles parlent des hommes. Les femmes peuvent être aussi très violente envers les femmes. Le ravage du bitchage entre femme. C’est bien connu du monde du travail et dans les milieux scolaire.

    Je vais finir pas croire que les féministes ce sont des femmes qui souffrent. … et par ricochet en font souffrir d’autre autour de soi. Ça se nourrit de corps de souffrance.

    Et les hommes-féministes… on embarqué dans cette souffrance? Assez jouer le rôle de la victime. … et les travailleuses du sexe ne sont t’elle pas victime de ces féministes justement? Ces femmes qui détestent les hommes et qui détestent les femmes qui les aiment.

    Les féministes sont putophobes?

    Amélie Jolie – courtisane

    • La démonstration de votre sectarisme. Vous entretenez la division du mouvement féminisme au prétexte que nous n’avons pas la même position concernant la prostitution. L’article parle à peine de cela, le sujet est tout autre et peu rassembler l’ensemble des féministes.

      En entretenant cette division vous faites l’affaire de nos adversaire. Comme les proxénètes que vous défendez.

      Merci pour cet éclaircissement.

  2. J’aime bien votre article, mais le problème n’est pas là, le problème c’est que les gens ne font pas l’effort de se documenter, et c’est le même problème pour tout ce dont on ne parle pas assez. L’inégalité des femmes en fait malheureusement parti…
    Je me doute que vous devez être fatigué de tordre le coup aux idées reçues à longueur de temps… Personnellement, je ne discute plus de ce genre de sujets en soirée, les gens qui me sortent des énormités, je ne leurs parle plus et j’oublie.
    Vous avez bien du courage de ne pas vous énerver, car perso j’ai de plus en plus de mal…

    • Merci.

      Pour tout dire c’est rarement moi qui amène le sujet, comme je l’ai décris. Et c’est difficile de garder son calme, je m’énerve souvent, et il m’arrive même d’avoir d’en vouloir à ces personnes qui ne prennent pas là peine de m’écouter et son confortablement installées dans leur idées reçues.

      Le problème avec le féminisme, c’est que tout le monde se sent expert.

  3. hum me traiter de stupide pour contrecarrer mon argumentation, comme c’est mignon… et tellement féministe…
    Anyway, l’argument « vous divisez les féministes et faîtes le jeu du méchant patriarcat », comment dire… c’est abscons? Pourquoi?
    1/ Il y a plein de situations différentes que vivent les femmes ou les hommes subissant le patriarcat, refuser de les prendre en compte, c’est ça qui créée de la division, pas oublier qu’il y a des situations différentes et que c’est un peu facile de balayer celles qui sont moins communes ou moins partagées par les plus privilégié.e.s d’entre nous.

    2/ Mon sectarisme… haha, c’est bien, alors si je suis pas d’accord avec vous et vous le dis, forcément je suis sectaire. Ce type de non argument qui met fin à une conversation ou empêche de prendre en considération des avis opposé.e.s ne vous grandit pas, vraiment. Parfois, c’est bien de lire Schopenhauer pour éviter de tomber dans les pièges de l’attaque ad hominem (ou ad feminem en ce qui me concerne)

    3/ Apparemment je ne suis pas la seule personne qui vous a fait une remarque. Bizarre que ça ne vous donne absolument pas envie de vous remettre en question dans une lutte dans laquelle, a priori, vous n’êtes pas les premières personnes concernées, celles qui subissent le plus et sont le plus oppressées. Les hommes cis solidaires, perso, je trouve ça très bien pour remettre en cause la construction de la virilité et pour soutenir les premièr.e.s concernées. On a besoin d’allié.e.s c’est clair. Je ne suis pas certaine pour autant qu’on ait besoin de grandes leçons de morale, surtout de la part de personnes ne vivant pas des situations d’oppression.

    Par ailleurs, vous pouvez tout à fait penser que la prostitution réduit les corps des femmes à des objets. Mais en tant que « féministe », c’est un peu fort de café de reprendre cette position dans vos textes et de les traiter comme tels, des putains d’objets (pardonnez le jeu de mots :). Je ne suis pas certaine non plus que vous ayez une quelconque expérience de la prostitution ou de la parole des personnes prostituées qui je le rappelle, sont des personnes qui font des choix. Pouvons nous ne pas être d’accord avec ces choix? Bien sûr. Devons nous les enfoncer un peu plus dans la précarité, la réification, la marginalisation, l’oubli dans nos luttes? Je ne crois pas.

    En tant que femme féministe inclusive, je lutte contre toutes les oppressions. je lutte pour toutes les femmes même celles que je connais pas et qui vivent des situations que je ne vis pas, qui ont fait des choix qui ne sont pas les miens et qui surtout, n’ont pas nécessairement eu les mêmes possibilités, chances et opportunités que moi. Un peu d’humilité n’a jamais fait de mal à quiconque alors peut-être serait-il intéressant pour vous de chercher à sortir un peu de la théorie abolitionniste pour aller voir sur le terrain ce qu’en disent les premières personnes concernées, celles qui pour vous ne « servent quà se vider les valseuses » en faisant payer, les grandes vilaines…

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  6. Je découvre ton blog, c’est tellement rafraichissant de te lire et ça change tellement de ce que j’ai l’habitude d’entendre ! Tes articles sont bien documentés, on voit que tu t’y intéresse réellement.
    C’est vrai que, même avec mes ami(e)s, le féminisme est un sujet sensible. On m’a déjà fait les remarques que tu cite. Je rajouterai également qu’il m’est arrivé de me faire traiter de castratrice, car il est bien connu que le féminisme cherche à rendre les hommes esclaves des femmes. J’ai d’ailleurs toujours trouvé ça assez drôle lorsque l’on me disait que le féminisme cherchait uniquement à « rendre les hommes pères au foyer qui ne servent qu’à répondre aux désirs des femmes ». Déjà c’est complètement faux. Et après tout, n’est-ce pas (plus ou moins hein) ce que les femmes subissent depuis la nuit des temps ? Ces personnes là sont, à mon sens, les plus drôles : on reconnait là une véritable méconnaissance du féminisme et surtout un désintérêt dans lequel certains se complaisent. C’est dommage ! J’aime beaucoup aussi ceux qui te sortent les différences physiques (et du coup fondamentales à leurs yeux) entre les hommes et les femmes comme justification suffisante de la domination de l’homme sur la femme. Lorsque j’ai affaire à ces deux cas, j’avoue ne pas continuer le débat, que je considère perdu d’avance. Ce n’est pas la meilleure façon d’agir, je le sais, mais quand je sors pour boire un verre avec mes ami(e)s, j’ai en général moyennement envie de me lancer dans de tels débats.

    Je vais continuer mon tour du blog, qui est très intéressant. Bonne continuation à vous deux ! 🙂

  7. Pingback: Féminisme | Pearltrees

  8. Pingback: Vidéo – Être féministe en soirée ! | L'Art et La Manière

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