Archive : Libérer la culture !

C’est la première fois que je tente d’aborder ce sujet que ce soit en le mettant en mots sur ce blog ou même de manière générale. Pourtant, je ne considère en rien la culture comme un combat secondaire. Elle est quotidienne dans la vie de chaque individu et dans la mienne particulièrement, puisque je participe à mon échelle à certaines productions. Mais notre combat politique est également, peut être même avant tout, un combat culturel. Cette dimension culturelle, au sens Gramscien du terme, se traduit par les mots que nous tentons d’imposer : les mots d’oligarchie, de  partage des richesses, de solidarité, qui sont notre ADN politique à plusieurs égards. De même, la droite combat avec les siens : la notion d’assistanat, les charges sociales plutôt que les cotisations ; le lien entre immigration, chômage et criminalité…

Ces exemples mettent bien en évidence que la culture n’est pas que là où on la nomme mais qu’elle irrigue l’ensemble des compartiments de la société. C’est dans cette idée que le Front de Gauche  conçoit son projet pour la culture. Loin des déclarations insensées des socialistes qui ne parlent que d’augmenter le budget, qui, au fond, sont du même ordre que celles de l’UMP qui se targue de l’avoir « sanctuarisé » (si c’est pas culturel ça ?) en période de crise. Ce qu’il faut, s’est remettre la culture à sa place et la libérer.

La bifurcation culturelle du monde

Je ne suis pas une spécialiste et je n’invente rien dans cette analyse. Néanmoins, les éléments que j’avance me semblent justes de là où je les vois. Ne les prenez pas comme un schéma exhaustif. On peut considérer qu’il y a une bifurcation culturelle du monde. Sans la dater précisément, on peut se dire qu’elle prend son essence dans un changement significatif du rapport au marché. Car la diversité du monde donnait un caractère aléatoire à la rencontre entre les besoins et les marchandises. L’analyse des besoins structurait la production et la distribution mais il restait une part d’inconnu et une démarche de la marchandise vers l’individu. La bifurcation culturelle change ce rapport car ce n’est plus la marchandise qui va à la rencontre de l’individu, c’est l’individu qui est poussé à la rencontre de la marchandise. Ainsi, comme prolongement de la production industrielle, a été pensée une production culturelle de formatage généralisé de l’être humain : de ses besoins, de ses goûts, de ses habitudes. C’est la culture dominante, qu’il nous arrive d’appeler également l’idéologie dominante. C’est le signe d’une bifurcation car dorénavant la production industrielle a besoin d’une production culturelle pour vendre sa marchandise. Les profits dépendent de la diffusion de la culture dominante, leur expansion de la sienne.

Ainsi, il y a un formatage de l’individu de manière globale à travers la représentation d’une typologie bien déterminée. Chaque personne est encouragée à adhérer à une de ces typologies, plus ou moins profondément. Elle détermine des normes, des règles, y compris celle de ne pas en avoir ou de rejeter les règles les plus légitimes au regard de la société. L’identification détermine également des goûts et des habitudes : l’écoute de telle ou telle musique, le port de tel ou tel vêtement, la préférence de telle ou telle nourriture ou boisson,… Cette culture est véhiculée par la publicité, le cinéma, la musique ou encore les médias de manière générale… L’avantage de cette typologie est qu’elle donne aux entreprises de production culturelle de masse un contrôle sur les besoins des individus, allant jusqu’à les créer de toute pièce. Sur ce point, la stratégie d’Apple est exemplaire. Le système économique peut ainsi composer une parfaite cohésion entre sa production et les besoins des individus à travers une production culturelle. Le bénéfice économique va sans dire. De même, la culture dominante érige en modèle le mode de vie bourgeois qui conçoit la réalisation personnelle comme l’accumulation matérielle : de la machine à laver dans les 30 glorieuses à la Rolex de Séguéla. Il faut une objectivation matérielle du bonheur, comme une preuve qu’on a « réussi sa vie ».

L’Ordre globalitaire dans la culture

Evidemment, cette construction culturelle et sociale des goûts et des habitudes n’est pas nouvelle. Ce qui est nouveau, c’est que la diversité des sources de production de la culture laisse progressivement place à un système globalitaire (le marché) qui veut contrôler tous les compartiments de la vie des individus. À cette ambition s’ajoute celle d’appliquer la logique du marché à toute la société depuis le brevetage du vivant à la plus simple mélodie marquée dorénavant au fer rouge. Comme corolaire, la production de la culture, devenue l’industrie culturelle, est soumise aux mêmes règles que toute autre marchandise : celles imposées par l’OMC et la commission européenne. De la même manière que dans d’autres domaines industriels, des oligopoles se forment et monopolisent la production ainsi que ses normes.

Mais la particularité de la culture c’est que chacun est potentiellement un producteur. Le formatage des individus et des codes culturels passe donc nécessairement par un assassinat culturel des masses. Le grand nombre est réduit au statut d’exclusif consommateur et non plus de potentiel créateur. C’est dans ce cadre qu’intervient l’isolement organisé du domaine de la culture dans la vie quotidienne. Un découpage étanche entre le temps que chacun dédie au travail et la culture de sorte que cette dernière est réduite aux loisirs et par là à la simple consommation de la production culturelle. Il y a une forme de contrôle de la production, laquelle ne peut plus être que reproduction du modèle dominant, de cette manière.

Autre forme de contrôle, la précarité dans laquelle sont plongés les professionnels de la culture. Le statut d’intermittent du spectacle en est un triste exemple mais également celui de la plupart des journalistes. Cette forme de travail à la tâche réduit toutes les marges de manœuvre des individus dans la création. La logique marchande les contraints à respecter les règles imposées par les oligopoles sous peine de rester marginaux. Cette précarisation a été rendue possible avec une certaine complicité des acteurs du champ culturel. Le processus créatif étant individuel, le créateur s’est  progressivement extrait du collectif auquel il appartient. C’est-à-dire le groupe de ceux qui ne profitent pas de la plus-value de leur travail : le prolétariat. Il a donc échappé à la protection collective et est devenue la feuille de brouillon de l’exploitation.

Libérer la création

Ce sombre tableau n’empêche toutefois pas la persistance de poches de résistances, elles sont nombreuses. Seulement la dynamique du système économique tend à les marginaliser ou les intégrer à ses logiques. C’est ce schéma que nous devons avoir à l’esprit dans la mise en place d’une politique culturelle du Front de Gauche. Car notre ambition doit pouvoir libérer la création culturelle à tous les niveaux. Il faut la libérer des contraintes que lui impose le marché, sans une autre forme de contrainte car la production culturelle ne doit pas souffrir de cadrage déformant. Il faut libérer la subversion dans l’art de manière à abattre la domination de formes culturelles sur d’autres. En bref, rendre la subversion légitime car c’est le bouillonnement qu’elle apporte qui fait avancer l’humanité.

Il faut libérer la force créatrice de tous en ne réduisant plus les citoyens à de simples consommateurs de culture. Je pense qu’à ce niveau, la campagne a révélé ce dont nous étions capables. Car nous avons permis à ce chacun s’autorise à créer pour ses idées. Il y a les commandos culturels composés de militants, qui jouent des pièces de théâtre à travers la France. Les chanteurs divers, nous y avions participé. Les montages photos amateurs, les affiches insolites, les centaines de vidéos, sont faites de manières spontanées. L’intelligence créatrice m’hallucine chaque jour, c’est comme des retrouvailles entre la politique et la culture. J’ai vu tellement de clips faux, de production lignardes sans âme, qu’avoir cette puissance est un bol d’oxygène…

Romain JAMMES

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