Archive : Besoin d’Humanité !

La Pauvre

Elle est partout et nulle part, chacun en fait ce qu’il veut. C’est malheureux, cher lecteur, car elle est magnifique. L’idée soulève des armées, inspire les plus hauts faits, mais elle rase des cités quand elle s’oublie. La pauvre.

Pauvre humanité bousculée à toute époque. Insultée, piétinée par ceux-là même à qui tu donnes du sens. On t’a traité de tous les noms pour justifier les félonies, oublié ce qui nous rend fier de te porter en symbole. Car rien n’a plus de valeur, à l’heure où le marché tente de tout broyer, que le sens que l’on donne au mot « humanité ».

Ne pas se voir et s’oublier

À bien des égards le capitalisme sonne l’inverse de l’humanité : je ne suis pas anti-système, c’est le système qui est anti-moi. L’Homme est un animal social, ou politique diront certains. Autant de signes qui témoignent de sa propension naturelle à se tourner vers ses semblables et construire la cité avec eux. Pourtant le paradigme de la liberté individuelle telle que la définissent les libéraux vient heurter en son cœur ce lien naturel entre les Hommes. Il le brise de toute part puisqu’il érige l’autonomie des individus par leur isolement. Se couper d’un groupe social serait s’en rendre plus indépendant. Ne pas créer de lien pour ne pas céder face à l’adversité. C’est le modèle phallocrate de l’Homme impitoyable, sûr de lui et sans émotion, qui n’a de compte à rendre qu’à sa personne devant les défis du quotidien. C’est ce processus que Jacques Généreux décrit comme la dissociété.

En somme, en tirant quelque-peu les traits d’une telle société, l’Etat et le marché tendent à résumer l’ensemble de la vie sociale des individus. Une société totalitaire ou le temps aliénant devient la norme de nos pauvres vies. Au travail s’ajoute le temps de transport vers le travail puis le temps attribué à une consommation aveugle et galvanisée par une publicité omniprésente. Qui peut nous dire encore ce que cette société a d’humain ?

Mais à ne plus pratiquer l’humanité on en fini par l’oublier, ne plus savoir ce qu’elle est quand il ne faudrait qu’écouter nos cœur. Car au fond ce qu’est l’humain c’est ce qui le distingue des autres. Le capitalisme, lui, érige comme vertu son côté animal, son égoïste, sa soif de pouvoir, d’aucun prétendrait de richesse. Il fait d’une maxime de société la diatribe frustrée de Hobbes : « l’homme est un loup pour l’homme ». Ça sonne naturel quelque-part mais on est en droit de s’interroger sur les raisons qui poussent à utiliser un animal pour qualifier une attitude qui relèverait de la « nature humaine ». Ce qui nous distingue des animaux c’est justement notre capacité à être solidaire. Il ne s’agit pas de liens familiaux qui porterait une certain entraide que l’on retrouve chez beaucoup d’espèces mais de la capacité d’une solidarité humaine qui dépasse l’entourage physique. Cette capacité à définir un intérêt commun à l’humanité quand bien même n’en connait-on personnellement qu’une infime minorité. C’est un peu la République.

Cultivons l’imperfection

C‘est ceci qui nous incite à dire, d’un air inspiré avec toute la gravité qui caractérise l’instant présent, qu’il n’y a rien de plus anti-capitaliste que l’humanité. C’est pourquoi appeler le programme du Front de Gauche « l’Humain d’abord » remet les choses à leurs places. Quand le système capitaliste met au sommet des normes le fric et justifie l’asservissement par une compétition permanente prétendument naturelle, nous voulons remettre les valeurs de l’humanité au dessus de TOUT. La solidarité, la fraternité, cette volonté intarissable d’égalité et de liberté. Il n’y a rien de plus fort au monde…

Mais les chantres du système ne sont pas au bout de leur surprise. Figurez-vous qu’un bruit court, il chuchote discrètement à nos oreilles des mots qu’on a toujours cru savoir mais que le capitalisme veut nous faire oublier. Figurez-vous, et tenez-vous bien, que l’Homme dans toute sa grandeur n’est pas parfait et tant mieux. Car à tout vouloir soumettre à la même logique, le capitalisme veut dompter le monde pour en faire du profit. Toute imperfection est un obstacle alors il les gomme comme un acharné. De la pilule anti-stress au produit dopant, voire maintenant aux recherche sur la robotisation de la machine humaine, il doit se rendre à l’évidence : la nature, comme l’Homme, n’est plus à la hauteur du capitalisme. Ce freins terrible au profit doit un jour se mettre en rang. C’est bien ce que prépare ces belles personnes et leur sourires mielleux demandant toujours plus d’effort à ceux qui ont déjà tant donné. L’humain d’abord dit : « ce n’est plus à nous, on a déjà trop fait pour remplir vos poches, maintenant c’est à vous de les vider et ça tombe bien, vous en avez les moyens ».

 

Voilà tout le sens que j’accorde à ce doux mot d’humanité. Le voir utilisé par tous à tous les desseins me rend malade. Le nom du journal de Jaurès ne doit rien au hasard du temps, il a une signification politique. C’est d’ailleurs en son honneur que le programme du Front de Gauche sera présenté à la fête de l’Humanité, le plus grand rassemblement populaire du pays. En attendant l’activité du blog sera moindre, un petit repos avant une année de combat qui nous demandera à tous beaucoup d’énergie !

Romain JAMMES

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2 réflexions sur “Archive : Besoin d’Humanité !

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