La Dépêche se lâche contre les femmes

C’est l’histoire d’un journal comme un autre. Croyez-moi, c’est sûrement ça le plus triste. Il est comme les autres mais il est tous les jours sur mon bureau. Donc, vaille que vaille, je le feuillette assez régulièrement sans l’illusion de croire que c’est la vérité. Avouez, avec du recul, que c’est un peu dommage d’en arriver là quand on ouvre un canard.

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Évidemment comme beaucoup de journaux, La Dépêche du Midi est un parangon de sexisme. Ce n’est pas un secret, d’ailleurs à mesure que je le lis, je pense que c’est assumé. Les éminences grises (quoi que, ont-elles vraiment quelque-chose entre les oreilles ?)… en tout cas les mecs qui tirent les ficelles doivent avoir un sérieux contentieux à régler avec leur organe interjambien.

La grande disparition !

Comme je l’avais déjà développé une fois. La Dépêche, c’est le Sylvain Mirouf de la PQR. Mais en plus fort hein, il s’agit pas de faux poignards ou de placards à double fond (désolé Sylvain j’ai glissé tes trucs par inadvertance), mais d’une disparition quasi totale de la moitié de l’humanité. J’y vais fort ? euh…

Ce jour là, pris au hasard, les hommes apparaissent sur 90% des photos, les femmes sur 27,5%. Dans la plupart des cas, les femmes sont donc accompagnées par des1 hommes, parce que FAUT PAS DÉCONNER NON PLUS ! Évidemment, dans les quelques photos de femmes seules, il y avait une publicité pour un site de rencontre (le grand classique), pour un produit de beauté et une photo d’un chantier où une femme avait glissé son nez dans l’angle de la caméra. La sournoise ! Tout ça pour pourrir les stats du torchon. Une féministe enragée je présume.

Bref, les lecteurs habituels ne seront pas étonnés. Pas plus que lorsqu’à quelques occasions on voit des femmes en UNE et bien en évidence. Oui il y a des concours de miss partout dans cette ville : miss Toulouse, miss Midi-Py, miss vieille peau, miss gamine, tout ça tout ça… Aaah je suis ivre de bonheur.

Restez chez-vous !

Ça tombe sous le sens, mais pour la dépêche, il n’y a pas le moindre lien entre cette réduction des femmes à leur physique, cette occultation à peine voilée, et les représentations d’infériorités ou les violences faites aux femmes. Pensez donc, c’est tellement tiré par les cheveux. Néanmoins, La Dépêche a de la suite dans les idées. Après une disparition dans les journaux, il va de soi que les femmes doivent également disparaître de l’espace public.

dep1Ainsi, pour une affaire de viol à Toulouse, le journal a copieusement décrit l’acte dans les détails, au point qu’on se demande quel en est l’objectif. Comme l’évoque le planning dans sa réponse, cette affaire, si elle correspond à un stéréotype des représentations du viol, répond en réalité à un phénomène très marginal. Mais bon, ça fait du sensas’ hein ! On va pas parler des viols quotidiens qui sont commis en très grande majorité par des proches des victimes. Au fond, qui ça intéresse ?

Mais le pire, que le planning relève également, c’est cette conclusion « Régulièrement, à Toulouse, des jeunes filles sont victimes d’agressions sexuelles la nuit. Il leur est conseillé d’éviter de se promener toutes seules. » Et bim ! La solution de la haute autorité masculine de ceux qui pensent mieux que les autres vous dit de rester chez-vous ou d’être accompagnée. L’éternel phénomène qui considère que l’homme structure son environnement et le modèle pour lui, mais que la femme s’adapte. C’est aussi une manière de dire « Non mais allô quoi ? T’es une fille et tu te promènes seule dans la rue ! ». En gros « qu’est-ce qui t’es passé par la tête, ça t’apprendra ! » Ou « Vous voyez ce qui arrive aux filles pas sages qui sortent le soir ? ».

Bref, le non-dit, c’est que c’est encore la femme qui est mis en cause. Et que la page d’après, on aura toujours des filles nues pour vendre des haricots verts et les connards pour s’offusquer des réactions des féministes. Oh bah que voilà donc ?

Une histoire de braise…

Et rebelote aujourd’hui d’ailleurs ! Une entreprise ô combien inspirée a dû recruter un chargé de com’ en intérim qui a eu une idée ultra originale ! « Pour vendre mon charbon, je vais foutre une bimbo en petite tenue dans une position allusive ». Et oui, ça tient du génie ce dep2genre d’idée. D’ailleurs, c’est pour ça qu’on en voit partout, c’est qu’avec les hommes, vous êtes sûr que l’esprit créatif est à son comble.

Évidemment, des féministes réagissent, comme nous l’avions fait sur une autre pub, parce qu’on en a un peu ras-le-bol de ce genre d’images dégradantes pour les femmes. L’affiche montre une femme en décolleté, bas, mini-jupe et talons façon vieille pub des années 50 sur son barbecue. Enfin, le slogan est d’une richesse incroyable.

La Dépêche s’en fait l’écho sur un ton à couper le souffle. Les auteurs prennent parti avec la subtilité d’un ouragan sur la Nouvelle-Orléans. Le titre est déjà une blague potache qui donne le ton. L’analogie entre la braise et le feu qui pourrait mettre une femme en petite tenue est un classique des représentations machistes de la sexualité masculine (et plus largement du rôle des femmes dans la sexualité).

Le journal donne, dès l’introduction, un brevet d’affiche humoristique à la publicité. Il accorde  ensuite 3 lignes et demi d’explication aux féministes,  3 lignes à « d’autres femmes plus indulgentes » (notez que le mot indulgente est positif), puis la justification du directeur commercial (un homme si vous en doutiez) sur 12 lignes. Il précise d’ailleurs que des femmes faisaient partie de l’équipe et qu’elles en avaient apprécié « l’humour décalé ». Bref, un bulldozer de mauvaise fois accompagné d’un petit sondage orienté sur le site et de commentaires anti-femmes dont je vous fais un florilège :

  • « La raison première pour laquelle le féminisme parvient à présenter une image à la fois ringarde et détestable, c’est le manque d’humour des féminazies. »
  • « Encore des coincées du …, je ne vois rien de traumatisant sur ces affiches publicitaires. »
  •  « Ah ces minorités …. »
  • « Une femme capable d’allumer un barbecue ? Il n’y a pas dégradation mais revalorisation !!! Vous devriez être contente ! »
  • « 11eme commandement des doctrinaires féministes: tu ne banderas point! »

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Ah, la poésie ! Opération masculiniste réussie pour La Dépêche. J’espère juste pour eux qu’il y aura une loi contre le sexisme avant qu’on réussisse à monter des groupes d’action chargés de défoncer la gueule à coup de barre de fer à ceux qui se permettent ce genre de chose…

Rien n’est perdu, l’histoire est lente !

Romain JAMMES

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On a testé pour vous : la chaîne humaine à Notre-Dame-des-Landes !

Je sais pas pour vous, mais moi ça fait un moment que ça me trainait dans la tête cette résistance à Notre-Dame-des-Landes. Elle avait un goût particulier, comme le mélange miraculeux de la vieille garde du Larzac et d’une nouvelle génération décroissante. Elle a surtout l’accent de la résistance civile face à un train pris en marche par le gouvernement Ayrault et dont la trajectoire n’a pas bougé depuis 30 ans, sinon pour aller plus vite vers le gouffre.

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« Tu fais chier tout le monde avec ton aéroport » disait Montebourg. Pleins de certitude, les khalifes au poing la rose remplaçant les khalifes de l’UMP pensaient que c’était à eux de s’amuser et de jouer un peu à Sim-city. La réalité les frappe fort, elle est festive, joyeuse, solidaire et diverse. Elle pense surtout au futur car elle est collective, elle.

La chaîne qui nous lie…

mais ne nous tient pas. C’est un peu le sentiment que j’ai eu en prenant le bus depuis mon lieu de vacances. Ironie de l’histoire, c’est aussi un bus, partant de la manifestation du 5 mai à Paris qui m’y avait amené. Le gens en parlent, l’ampleur de la manifestation les a touchés, comme moi. En prime s’ajoute l’écœurement de la manœuvre politique de Valls sur les chiffres. Dans ce genre de situation, il y a ceux que ça dégoûte, et ceux que ça vaccine. À n’en pas douter, les seconds sont plus nombreux et encore plus remontés pour remobiliser les premiers.slide_296904_2437185_free

La bataille est dure, tout le monde le sait, la chaîne qui nous lie, c’est celle qui soutient celui qui trébuche. Elle ne le laisse pas au bord de la route comme fait le système économique pourri dans lequel nous évoluons. Les groupes militants ne répondent pas à la logique des JT décérébrants qui veulent calquer le traitement de l’actualité politique sur celui de Koh Lanta. Il y a du soutient, une forme d’amour, un profond respect et une confiance spontanée qui est sans pareille. C’est l’essence du moteur de la révolution.

La chaîne qui nous lie, c’est celle qui nous fait braver la vague. Celle de la culture dominante qui assène au monde entier qu’il faut baisser la tête. C’est celle qui minore les mouvements sociaux et fait d’un flop un triomphe quand le FN a rassemblé une poignée de fascistes pour le 1er mai. La chaîne qui nous lie rit au nez de la préfecture qui annonce « au moins 5000 manifestants » mais confirme la chaîne de 25km. Les camarades autour de moi n’avaient pas une envergure de 5m a priori, et de votre côté ? Finalement, devant le ridicule de la situation, le préfet a rectifié. L’honneur est sauf, mais ceux qui ne savaient pas sauront à quoi s’en tenir pour les chiffres officiels. Une à une les têtes deviennent nôtre. À coup de millions de petites cuillères, la montagne n’est pas si imposante.

C’est la chaîne qui nous lie qui brisera celle qui nous tient…

Une autre société

Je n’écris pas pour vous asséner les argumentaires des collectifs contre l’Ayrault-port. Vous êtes grands vous chercherez tout seuls. Ce que ce projet m’évoque, c’est un modèle de société dans lequel il n’est resized1-418141acffab55a649f03ddfcf06dd4fqu’une pierre. C’est le modèle de la course continue, qui veut toujours faire plus vite, et surtout plus vite que les autres. Evidemment, il trouve sa source dans cette stupide concurrence qu’on applique à tous les champs de la société. C’était le commerce, c’est devenu la base des relations humaines pour certain-e-s. Ce modèle, par extension, pousse à tout faire très vite. À réduire les distances de manière incongrue pour construire d’immenses mégalopoles sur un modèle uniforme et triste. À investir des milliards pour faire d’une région, un pôle international de ceci ou cela, plutôt que de les consacrer au bien-être quotidien des habitants, à la relocalisation de l’économie, aux transports de proximité ou autres services publics.

Cette logique veut nettoyer les villes de subversions. Elle les construit sur un unique modèle architectural, un unique mode de vie, comme un rêve d’une existence à la Métropolis, un 1984 instillé progressivement à dose homéopathique. La ficelle est d’ailleurs la même, de la guerre intercontinentale de Orwell à la concurrence contre tous « les autres » (villes, départements, pays, continents,…) il n’y a qu’un pas. Un pas ? Vous êtes sûrs ?

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La chaîne qui nous lie réclame son droit au bonheur. C’est celle qui a compris qu’on n’est pas heureux parce qu’on est meilleur que son voisin, mais qu’on est meilleur parce qu’on a aidé son voisin à être heureux et libre.

 Romain JAMMES


Le 5 mai pour une république féministe

Je trouve enfin le temps d’écrire quelques mots. J’ai l’impression de griffonner des notes sur du papier humide au fond d’une tranchée. On entend les obus siffler, le paysage politique est un champ éclaté et boueux, les gens y courent dans tous les sens. D’autres s’organisent, mais ce qui est perceptible c’est que la grande masse s’y perd.

Dans ce contexte, difficile d’avoir le cerveau disponible pour écrire. La créativité est aspirée dans la bataille, c’est une arme redoutable mais épuisante et c’est le blog qui en a fait les frais.

Le blog oui, mais pas son objet.

AgnesBihl

It happens again

Il se passe quelque-chose. On ne sait pas foncièrement quoi mais ça gronde comme un bruit sourd qui vient de partout. Un ronronnement qui fait monter la tension et alourdit l’atmosphère. On dirait ce silence avant le déluge, ce creux avant que la vague ne déferle et passe la digue. C’est comme la dernière inspiration avant l’effort.

Ce quelque-chose, ce n’est pas qu’une nostalgie de la Bastille du 18 mars qui refait surface comme un vieux film à la télé. C’est d’abord et surtout le fruit mûr d’un système politique qui a assit son identité en piétinant la souveraineté populaire. Gorgé de sucre, il n’a cessé de grossir durant ces années où un gouffre se creusait entre les citoyens et les élus, où la défiance grandissait à l’égard des institutions. Il s’est gavé de la sève d’une Europe autoritaire et brutale, parangon de la théorie du choc et des non-sens économiques. Trésor caché d’une poignée de financiers et d’élites politiques biberonnées au Friedman.

Il a grossit avec opulence narguant l’univers entier, pétrit de supériorité et de concupiscence. Convaincu de son invincibilité, le lourd poids de sa démence a cassé la branche qui le tenait. Maintenant, il chute en panique devant le destin qui se scelle.

De l’air !

On nous a souvent entendu dire que le pire n’était pas la crise, ce serait que nous n’arrivions pas à en faire un monde nouveau. Mieux, cela va de soi. Cette force qui monte des profondeurs n’est pas celle des timorés qui accrochent leur siège au train-train ministériel. Ce n’est pas celle de ceux qui grattent par-ci par-là des demi-demis (oui on dit quart)… je disais, demi-demi mesure en échange des plus grandes compromissions. Des logements contre la fin du droit du travail ? Quelques profs pour de syndicalistes en prison ?

Ce moment appartient à cette personne (nous tou-te-s) à qui trop de fois on a fait la promesse des lendemains qui chantent. Trop de foi moquée, méprisée, niée jusqu’à ne plus croire personne. Elle chie sur ces menteurs, et ces gestionnaires de force politique comme s’ils géraient un troupeau de chèvres à ne pas disperser.

Il faut de l’air ! Qu’ils dégagent. C’est son tir d’alarme qui sonne trop souvent comme un désespoir. Elle s’en est gorgée comme une biscote dans du café, dans l’anesthésie de la 5e République. Pas de pseudo moralisation, pas d’entente cordiale entre dirigeants politique sur des mesurettes de façade. Encore moins un référendum sur des questions bidons, vous y croyez vous ?

  • Êtes-vous pour la morale en politique ?
  • Est-ce que vous préférez que les politiques tiennent leurs promesses ?
  • Est-ce que vous voulez que les dirigeants politiques, bah genre ils s’occupent de vous ?

Non, il faut faire le ménage ! Et comme un symbole de l’asservissement domestique des femmes. Elles en sont des actrices centrales !

Une République féministe

La 5e République, c’est un peu le modèle familial patriarcal appliqué à la France. D’ailleurs la droite dit qu’il faut la « gérer en bon père de famille », c’est vous dire. Une poigne de fer, une logo_feminismegrosse paire entre les jambes et on essaye de garder la face quoi qu’il arrive. Mais pire que ça, c’est surtout une République d’hommes, en chaire et en os. Les hommes ont été et sont toujours omniprésents et inamovibles.  Ils cumulent 2, 3 ou 4 mandats, certains depuis 35 ou 40 ans. Ils sont entre couilles à l’assemblée, entre couilles au conseil des ministres, entre couilles dans les cabinets ministériels, entre couilles dans toutes les assemblées élues au suffrage uninominal. Les exécutifs importants sont des hommes, les présidents de conseil régionaux, conseils généraux et les maires sont des hommes. Les grands patrons d’entreprises publiques sont des hommes, les conseillers constitutionnels sont des hommes et j’en oublie.

Le coup de balai, c’est socialiser la richesse et socialiser le pouvoir. Foutre dehors ceux qui le tiennent depuis des années, imposer des scrutins qui permettent l’accession de femmes au pouvoir et globalement des institutions plus représentatives. Le coup de balai, c’est aussi prendre le taureau par les cornes et supprimer toutes les subventions aux partis qui ne respectent pas la parité, menacer toutes les grandes et moyennes entreprises de dissolution ou d’expropriation en cas de CA non-paritaire ou d’inégalités salariales. C’est sanctionner le sexisme ordinaire comme la publicité, aussi durement que le racisme. C’est refondre une école qui n’apprend pas un modèle de domination masculin ou hétéro-normé.

Faire table rase et refonder un monde nouveau, c’est l’affaire de tou-te-s donc c’est l’affaire des femmes !

Romain JAMMES

Nous qui sommes sans passé, les femmes
Nous qui n’avons pas d’histoire
Depuis la nuit des temps, les femmes
Nous sommes le continent noir.

Refrain :
Levons-nous femmes esclaves
Et brisons nos entraves
Debout, debout, debout !

Asservies, humiliées, les femmes
Achetées, vendues, violées
Dans toutes les maisons, les femmes
Hors du monde reléguées.

Seules dans notre malheur, les femmes
L’une de l’autre ignorée
Ils nous ont divisées, les femmes
Et de nos soeurs séparées.

Le temps de la colère, les femmes
Notre temps, est arrivé
Connaissons notre force, les femmes
Découvrons-nous des milliers !

Reconnaissons-nous, les femmes
Parlons-nous, regardons-nous,
Ensemble, on nous opprime, les femmes
Ensemble, Révoltons-nous !

Dernier refrain :
Levons-nous femmes esclaves
Et jouissons sans entraves
Debout, debout, debout !


Les femmes occultées du monde médiatique

Les médias sont un miroir très déformant de la réalité. Chacun à sa manière. Certains l’assument, c’est honnête de leur part, d’autres non, ce qui ne les empêche pas de prendre parti. L’essentiel c’est que dans son ensemble, le système médiatique est un appareil de production culturel puissant.

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Alors vous savez, nous on est parfois bassement marxistes mais il n’y a qu’à voir. L’appareil de production culturel c’est Lagardère, Boloré, Dassault, etc… Bref, les propriétaires de l’appareil de production industriel. Évidemment ce ne sont pas eux qui écrivent tous les articles. Mais on a tendance à penser que ça, ajouté aux conditions de travail des journalistes et à la course acharnée à l’audimat, ça a tendance à produire une culture dominante assez carabinée. « Culture dominante » ça fait un peu peur dit comme ça. Pas de théorie du complot ni de big brother qui organise tout, juste des représentations dominantes qui alimentent des systèmes de domination. Lequel par exemple ? La domination masculine.

« Hors du monde reléguées » dit la chanson. Allez, on teste ? Les femmes, c’est plus de 50% de l’humanité. J’ai pas les stats dans le Sud-Ouest, mais ça doit pas tourner très loin de la parité. Bref, la vie est bien foutue à ce niveau. Et comment La Dépêche du Midi voit les choses ? Est-ce que, comme ces saletés de féministes le prétendent, les femmes sont exclues des médias ? Et comment est-ce qu’elles y apparaissent ?

Petite étude statistique

Prenons donc La Dépêche du Midi de Toulouse datée d’aujourd’hui (NDLR : 16 avril). Nous avons en tout 80 photos dans lesquelles nous pouvons identifier des femmes et/ou des2 hommes. Pour 36 pages, c’est un torchon copieusement illustré.

Sur ces 80 photos **roulement de tambour** il y a 72 hommes et 22 femmes. Cela veut dire concrètement que les hommes apparaissent sur 90% des photos et les femmes sur 27,5% d’entre-elles. Ca fait déjà assez mal. Manifestement, l’actualité de La Dépêche du Midi ce n’est pas celle des femmes.

Allons un peu plus loin donc. Vous êtes des personnes très intelligentes qui ont remarqué que 72 et 22 ça fait 94 et non 80. Il y a en effet 14 photos sur lesquelles il y a au moins une femme et un homme. 14 photos, cela veut dire que dans 19,4% des cas où un ou plusieurs hommes sont sur une photo, ils sont accompagnés d’une ou plusieurs femmes. Cela veut dire aussi que dans 63,6% des cas, ce sont la ou les femmes qui sont accompagnées d’un ou plusieurs hommes. En résumé, la grande majorité des femmes apparaissant dans les illustrations du canard sont accompagnées d’hommes.

Au final, les femmes sans homme représentent 10% des illustrations, les hommes sans femme 72,5%. Le déséquilibre palpable prend une tournure bien plus politique.

Les femmes en minorité…

Revenons à notre culture dominante qui accompagne la domination masculine. La société patriarcale organise le maintien des femmes dans un état de minorité. C’est moins le 3cas aujourd’hui qu’à une certaine époque, mais c’est tout de même très présent. Certains symboles d’une culture moyenâgeuse persistent les « mademoiselle » ou le fait de prendre le nom de son mari. Heureusement, on n’a plus besoin de demander au père la main de sa fille, mais il reste une sacrée autorité morale dans les représentations collectives.

Persiste surtout un phénomène social et économique en France. Les femmes sont bien plus au chômage, elles occupent 80% des temps partiels, une majorité des Smicards sont des Smicardes. Elles sont nombreuses à être en totale dépendance de leur conjoint, ce qui les pousse à accepter l’inacceptable, jusqu’à la violence et le viol. Que la grande majorité des illustrations de femmes dans le journal contienne aussi un ou plusieurs hommes, s’intègre dans ce contexte. Le directeur du journal ne se dit pas « je vais rappeler aux femmes qu’elles doivent être soumises », mais il n’y prête pas attention et participe au message selon lequel une femme, dans l’espace public, est surtout accompagnée d’un homme.

La représentation des femmes

8 femmes seules sur 80 photos c’est une chose. Mais c’est qui ces femmes ?

  • 2 femmes sont ministres : elles ont un portrait et une courte description de leur patrimoine. Le troisième ministre du Grand Sud (un homme) y apparaît également. Ce sont les seules femmes en responsabilité de l’édition.
  • 1 femme de dos se tient l’épaule dans un court article (moins de 1000 signes) sur la santé. Un air de stéréotype de genre.
  • 1 femme a le visage flouté. Le sujet ce sont les travaux derrière elle, elle est donc transparente.1
  • 1 femme est la chroniqueuse culture qui fait un coup de cœur
  • 2 femmes sont des chanteuses, l’une pour un événement catho (oh la chance), l’autre a manifestement raconté des histoires sur sa vie sexuelle la moitié de la soirée
  • 1 femme sert d’illustration pour un site de rencontre, c’est original.

Bref, déjà ça fait pas bezef, mais si on identifie les femmes nommées, on en retire encore 3. En tout, 2 femmes sont mises en lien avec les relations amoureuses ou sexuelles, 3 sont liées à la culture et une avec le care. Un petit florilège de bon sens qui mériterait que des cisailles se perdent.

Parmi les femmes accompagnées, notons en p.2 et 3, celles qui apparaissent sont dans les bras d’hommes. What else ?

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Le sexisme ordinaire, c’est aussi cette culture dominante de tous les jours. Celle qui efface les femmes de la sphère publique, ou celle qui les réduit à des corps pornographiés dans les publicités honteuses. La Dépêche du Midi n’est pas connu comme progressiste, mais je vous invite à faire la même expérience avec tous les quotidiens et de remarquer comment l’actualité est faite par les hommes, pour les hommes, dans un monde d’hommes.

Romain JAMMES


Prostitution : combattre l’abolition fragilise la lutte contre le patriarcat !

Ça faisait longtemps. Comme vous êtes nombreux à venir consulter ce blog (plus de 19 000 visites le mois dernier) et qu’on est pas plus intelligents que les autres, on ouvre nos modestes pages à des amis.sacha

Celui-ci c’est un compagnon de route depuis quelques années. Et pour de nombreuses encore j’espère. Comme nous, il est abolitionniste. Et on laisse ce sujet sensible à sa plume affutée. Merci à toi Sacha Tognolli.

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La prostitution : au cœur de la domination masculine et non à sa marge

Si je prends le clavier pour écrire cet article, c’est que la question de l’abolition ou non de la prostitution est au cœur de notre combat contre le patriarcat. Pourtant, elle divise profondément, non pas le mouvement féministe tout de même majoritairement abolitionniste, mais l’espace politique que nous occupons au Parti de Gauche : la gauche radicale. Ces derniers temps, de nombreux camarades – en réaction à l’audience accrue de la position abolitionniste en France et au sein du parti – ont fait le choix de combattre publiquement cette position tout en s’affirmant féministes (ainsi de ma camarade Julie Del Papa). Si je les remercie de leur apport au débat, et que je ne remets nullement en question leur attachement à la lutte féministe, je suis obligé de considérer qu’ils fragilisent ce combat.

Certes, on peut être féministe et voilée, certes, on peut être pro-féministe et consommer du porno représentatif d’une sexualité sexiste, certes, on peut être féministe et pour la réglementation – et donc la reconnaissance – de la prostitution. Nous sommes des produits de la société, personne ne peut donc se dire pleinement exempt des rapports de dominations qui s’y déploient. En revanche, théoriser et légitimer chacune de ces pratiques fragilise, à mon sens, le combat féministe. La prostitution étant au cœur du fondement patriarcal de notre société, c’est là que se nouent tous les aspects et contradictions de la domination masculine. J’oserais donc dire que c’est par là qu’il faut commencer pour la combattre ! En effet, ce sont toujours à partir des questions les plus conflictuelles et difficiles à traiter qu’on peut tirer petit à petit le fil rouge d’une lutte, quelle qu’elle soit. Ainsi, qui pros’opposera explicitement à l’égalité femmes-hommes – mis à part deux ou trois zemmouriens ? Bref, n’évacuons pas le débat de la prostitution !

Allons même plus loin dans la difficulté : mon propos ne s’intéressera pas principalement aux conditions matérielles de la prostitution actuelle – majoritairement dans des réseaux de proxénétisme et avec violence – mais à la prostitution en soi, ce qui donne forcément un aspect théorique à cet article que certains peuvent juger un peu décalé par rapport à la réalité sordide du quotidien d’une prostituée. Pourtant, je pense qu’en tout sujet il est bon de prendre du recul, le stylo à la main. Cette question de la pratique majoritaire de la prostitution est largement utilisée par le camp abolitionniste, ses (nos) arguments sont donc déjà connus de ce point de vue.

La loi au service des plus faibles

Cependant, je tiens à préciser que s’appuyer sur cette dimension d’une pratique majoritaire peut être suffisant pour abolir la prostitution, quand bien même on considérerait que le fait de se prostituer en soi ne pose aucun problème. La loi doit servir à protéger les plus faibles, c’est pourquoi je suis en désaccord avec Julie quand elle affirme « le problème de la prostitution forcée n’a rien à voir avec l’abolition de celle-ci ». Ainsi, bien que je ne sois pas philosophiquement contre la polygamie – en effet, pourquoi la société imposerait-elle une relation limitée à deux personnes ? – je m’opposerai à sa légalisation tant que nous n’aurons pas réussi à construire une société pleinement égale entre femmes et hommes ; sinon, une telle légalisation reviendrait à fragiliser la situation des femmes.

Mener un projet de transformation sociale, c’est en assumer les conséquences !

Évacuons également la question des conséquences immédiates d’une abolition de la prostitution par le biais de la pénalisation des clients. Selon Julie, « abolir la prostitution en France créera alors une clandestinité plus importante car il a déjà été montré que la prohibition augmente le trafic illégal et favorise l’émergence de mafias ». Elle n’a pas forcément tort bien que certains de mes camarades plus experts en la matière me rapportent que la comparaison entre l’Allemagne et la Suède dément un tel argument : en Allemagne, pays réglementariste, la légalisation a entrainé une augmentation du trafic légal ET illégal (parmi lequel figure celui des mineurs), les réseaux mafieux se sont également développés et trouvent même appui dans la partie légale de leur activité ; en Suède, pays réellement abolitionniste, les réseaux mafieux n’ont pas disparu mais ils sont moins développés et moins puissants que dans le cas précédent. Mais admettons tout de même que Julie puisse avoir raison.

Gérer les conséquences de son projet politique doit être quelque chose que tout militant-e politique doit avoir en tête. Cher-es camarades, ne croyez pas que le jour où le Front de Gauche sera au pouvoir, tout-le-monde-il-sera-bô-il-sera-gentil ! C’est pourquoi le jour où le Parlement votera un véritable plan d’abolition réelle de la prostitution, celui-ci s’inscrira dans un contexte plus général de transformation de la société et comprendra donc pêle-mêle (ce n’est pas exhaustif, n’étant pas un spécialiste) : la régularisation des sans-papiers, une politique de relance économique, un plan de formation et de requalification continues, un plan égalité femmes-hommes, un accompagnement social des prostituées mais aussi une branche de la police – spécifiquement formée et accompagnée par des travailleurs sociaux – attachée à faire appliquer sur tout le territoire (et pas uniquement sur les grandes avenues) l’abolition réelle de la prostitution. barcode-elements_k10502591

Tout cela signifie-t-il que du jour au lendemain, plus aucune mafia n’existera ? Bien sûr que non, mais comment un-e militant-e politique se revendiquant de la République, donc de la consécration de la loi issue de la volonté générale, peut-il abandonner toute volonté de transformation sociale pour cette raison ? C’est toute la difficulté de l’art politique, et je demande aux camarades utilisant sans cesse cet argument de se rendre compte qu’il s’agit d’un des arguments principaux des libéraux sur tous les sujets : ainsi à New-York, lorsque les loyers étaient plafonnés (n’est-ce pas une partie de notre programme ?), il existait un véritable marché noir, avec toute une mafia, et donc une partie du territoire n’appliquant pas la loi (avec tous les problèmes de sécurité et d’hygiène qui vont avec). Et rappelons-nous de nos conquêtes sociales passées : l’interdiction du travail de nuit des enfants a eu comme conséquence concrète,  pour des millions de familles déjà pauvres, une réduction de leur revenu global. De même, lorsque l’on s’indigne, à juste titre, du process de fabrication des i-phones dans lequel des enfants asiatiques sont exploités, gardons en tête que pour ces enfants et familles locales, c’est souvent leur seul moyen de survivre. Pour autant, doit-on légaliser et légitimer cette pratique ?

Tout cela étant dit, je vais m’atteler au caractère condamnable en soi de la prostitution quelles que soient ses conditions matérielles d’exécution.

Les limites à la libre disposition de soi

Les tenants de la reconnaissance de la prostitution se basent, à l’instar de Julie, sur « la liberté de tous les êtres humains à disposer de leur corps ». Il s’agit de la libre disposition de soi qui reconnaît à la personne humaine la maîtrise exclusive de soi. Ce principe est en effet fondamental, particulièrement dans la lutte pour les droits des femmes : c’est sur son fondement qu’ont été consacrés le droit à l’avortement, la reconnaissance du crime de viol conjugal, ou encore la liberté de choisir sa sexualité. Cependant, cette liberté fondamentale peut rentrer en conflit avec d’autres principes importants de notre République : celui de l’indisponibilité du corps humain et celui de la dignité de la personne humaine.

L’indisponibilité du corps humain

Commençons par l’indisponibilité du corps humain. Selon ce principe, le corps humain, ses éléments et ses produits sont hors commerce. 5611594783_8e9a533564Ils ne peuvent pas être vendus (ni loués), tout commerce avec des produits du corps humain est illégal. En effet, les camarades qui proclament à tort et à travers la libre disposition de son corps comme ultime et seul horizon émancipateur devraient, au moins par cohérence, être pour le droit de vendre un de ses organes ou, pour prendre un exemple moins définitif, le droit de vendre son sang. Chacun voit là le système vers lequel leur raisonnement nous conduit.

A l’inverse de ce positionnement, l’indisponibilité du corps humain est un principe légal signifiant qu’il existe des limites à la libre disposition de soi et qu’ainsi le corps humain n’est pas une chose qui peut faire l’objet d’un contrat ou d’une convention. Pour être plus précis, nous devrions plutôt parler de « non-patrimonialité du corps humain », plutôt que d’indisponibilité, puisqu’il s’agit plutôt d’interdire les conventions lucratives sur le corps humain (ainsi le don du sang est légal et encouragé !). Ici, Julie répliquerait ainsi : « Dans chacun des métiers que nous faisons, nous avons soit besoin de penser, réfléchir, raisonner, ou alors utiliser sa force physique. On se sert de notre intelligence, de notre corps… Alors pourquoi ne pourrait-on pas se servir de notre sexe si des hommes et des femmes en ont envie ? ». Ainsi, le principe de l’indisponibilité du corps de s’appliquerait pas à la prostitution. Les camarades utilisant cet argument font, veuillez me pardonner, du marxisme de comptoir en essayant de s’appuyer sur la notion de « force de travail ». Certes, on pourrait faire cette équation facile, un ouvrier mobilise ses muscles pour produire un objet manufacturier, tout comme un intellectuel mobilise ses neurones pour écrire un essai, tout comme une prostituée mobilise son corps pour donner du plaisir sexuel. Cependant, à l’inverse de l’ouvrier ou de l’intellectuel, la prostituée, outre le fait de vendre sa force de travail, loue son corps en ce qu’il est en soi, et non juste pour un usage. C’est là qu’entre en jeu notre deuxième principe : la protection de la dignité de la personne humaine.

La protection de la dignité de la personne humaine

Cette dignité de la personne humaine est un principe à valeur constitutionnelle, elle est ainsi considérée comme une partie intégrante des droits de la personnalité, droits qui, je le rappelle, sont inaliénables, c’est-à-dire qu’un individu ne peut pas les céder. L’arrêt du Conseil d’État du 27 octobre 1995, dans l’affaire de « lancer de nains » de Morsang-sur-Orge, est célèbre pour avoir inclut la notion de « dignité humaine » en tant que composante de l’ordre public.[] Le Conseil d’État a en effet jugé que le maire avait le droit d’interdire un spectacle de « lancer de nains » au motif de trouble à l’ordre public — et ce, même si le nain en question était volontaire et consentait à cette activité d’ordre commercial, vu que la dignité est censée être inaliénable. Les juges ont considéré qu’un tel spectacle attentait à la dignité de la personne humaine, et que celle-ci faisait partie intégrante de l’ordre public.

Arrivé-es à ce point de notre argumentation, nos camarades favorables à la reconnaissance de la prostitution n’ont plus qu’une arme : porter un coup bas, dénué malheureusement de toute réflexion. Pour eux, coucher avec quelqu’un pour de l’argent ne serait nullement une atteinte à la dignité de la personne humaine. «  Le sexe serait-il plus « sacré » ? » s’offusque Julie, qui plus loin, souhaiterait nous dépeindre comme « plus pudibonds que les mères patronnesses du XIXème ? ». Je parle de coup bas pour l’utilisation de ce genre d’expressions car elles ne visent qu’à ironiser sur l’intimité même de leur détracteur, ou à laisser penser que le point de vue abolitionniste serait sous-tendu par un sentiment religieux. J’aimerais que ces camarades s’interrogent réellement sur ce que signifient leurs provocations. Sans utiliser le mot de « sacré », j’affirme cependant que la sexualité est un pan de la construction de la personne humaine qui est « à part ». Je ne suis pas un animal, dès lors je ne rejette pas tout construit de la société. C’est le principe même de toute société humaine de se rassembler sur certaines valeurs voire même parfois sur certains interdits sociaux (ex : l’inceste). Je reviens plus particulièrement sur la sexualité, loin de dénoncer la place spécifique qu’occupe la sexualité au sein de notre société, je dirais même que je soutiens cette place « à part » de la sexualité. Nier cette configuration revient à nier sa propre construction personnelle : pour vous camarades, passer son permis est aussi structurant humainement qu’avoir son premier rapport sexuel ? Je vous plains… (mais peut-être suis-je mal placé, moi qui n’ai pas encore le permis, je ne peux pas comprendre…). Vous pourriez me dire « chacun se construit comme il le souhaite, la loi n’a rien à faire là-dedans et n’a donc pas à « sacraliser » le sexe ». Très bien, très bien… mais assumez toute la cruauté de la cohérence de votre propos : selon vous, le viol serait une agression comme une autre ! Il n’y aurait aucune différence entre une pénétration forcée et un coup de poing, et donc aucun besoin d’avoir une infraction légale spécifique ! A moins, que vous ne soyez d’accord avec cette affirmation, vous ne pouvez plus (et ne devez plus, par respect pour les victimes d’un viol) nier ni la situation « à part » de la sexualité, ni la reconnaissance légale de cette situation. Ainsi, marchander sa sexualité peut donc bien être pensé comme une atteinte à la dignité de la personne humaine, légitimant une limite à la libre disposition de son corps et donc l’abolition de la prostitution par la pénalisation des clients, si miséreux soient ils.

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Le droit à la sexualité n’est pas un droit-créance !

En effet, les camarades souhaitant reconnaître la prostitution s’intéressent également aux clients des prostituées. Ainsi, Julie nous interroge : « Mais la misère n’est pas qu’économique et un parti de gauche doit s’intéresser à toutes les misères. Il y a aussi la misère sexuelle. En interdisant la prostitution, quels recours auraient celles et ceux qui n’ont que ça pour satisfaire leurs désirs pour le moins naturels et légitimes ». Je ne nie pas le fait qu’une telle misère sexuelle puisse exister, mais la question est : la puissance publique doit-elle la satisfaire en légalisant la prostitution ? Certes, la sexualité est un droit. Mais nous devons être plus précis sur le caractère de ce droit. Il s’agit d’un droit en cela que chacun est libre d’avoir une sexualité, personne ne peut lui en interdire une. Il s’agit ainsi d’un droit-liberté, c’est-à-dire d’un « droit de » impliquant une abstention de l’Etat, sans implication positive de sa part. En revanche, la sexualité n’est pas un droit-créance, c’est-à-dire un « droit à », une prérogative que l’individu peut faire valoir auprès des pouvoirs publics.

Si on peut envisager qu’un parti de gauche doive s’intéresser à la réduction de toutes les misères, y compris de la misère sexuelle (après tout pourquoi pas), cela ne signifie pas qu’il doive impliquer une action directe de la puissance publique – à l’instar de l’offensive réactionnaire de certains pour créer un service public d’assistant sexuel pour les personnes en situation de handicap. Si l’on veut réduire cette misère sexuelle, alors nous devons faire en sorte que la puissance publique se concentre sur son périmètre d’action : donner la possibilité à chacun de vivre matériellement sans avoir peur du lendemain, et lui donner de plus la possibilité d’être émancipé intellectuellement (par l’école et la culture) et socialement (par la fraternité). Voilà qui construirait une société où chacun aurait la possibilité d’être émancipé sexuellement (y compris pour les personnes en situation de handicap – qui pour beaucoup, je le rappelle, sont déjà émancipées sexuellement, ce qu’oublient nos détracteurs – car la société serait composée d’individus moins superficiels). C’est exactement le même raisonnement que pour le droit d’exercer la spiritualité de son choix, et j’invite les camarades – qui pourtant sont de fier-es militant-es de la laïcité – à se replonger dans les écrits de Henri Pena-Ruiz. 71nkx0Acy5L

Certes, on peut reconnaître le fait que, par exemple, les citoyens de confession musulmane n’ont pas les mêmes possibilités matérielles d’exercer leur religion en comparaison avec les citoyens de confession catholique et leurs milliers d’églises. Soit, mais cela ne signifie pas qu’il faudrait faire abstraction du principe de laïcité en subventionnant un culte pour « rattraper son retard ». La puissance publique qui se consacrerait à son périmètre d’action en permettant à chacun de vivre matériellement, permettrait en même temps aux citoyens souhaitant subventionner un culte (pour construire une mosquée par exemple) de le faire sans avoir à manger des pâtes une fois la quinzaine du mois passée. C’est ainsi que doivent se penser ces questions d’un point de vue socialiste républicain.

Le produit de la pornographie est la représentation de l’acte sexuel

Subsidiairement, Julie s’intéresse à la question de la pornographie. « Et si le problème de la prostitution est celui du travail et de la sexualité, comment envisager le porno, les strip-tease, etc…? Un parti de gauche voudrait-il aussi interdire toutes les représentations sexuelles tant qu’elle ne concerneront que les femmes ? ». La réponse est explicitement dans la question en fait ! Julie a bien raison de parler de « représentations ». A la différence de la prostitution qui implique de louer son corps pour lui-même (comme on l’a vu ci-dessus), la pornographie est une « représentation », c’est-à-dire que l’objet du contrat est l’image du corps et non le corps lui-même.

Un consommateur d’un film porno représentant un couple coucher ensemble n’achète pas le corps de ces individus, mais leur image. Cette situation différenciée implique une réponse différenciée, voilà pourquoi la pornographie ne peut être abolie légalement (ce qui ne signifie pas qu’il ne doit pas y avoir de réglementation comme par exemple l’obligation pour les acteurs et actrices de se protéger, un accès encadré selon le public, une réflexion sur le contenu de la représentation du rapport sexuel…).

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En conclusion, les camarades qui s’opposent de bonne foi à l’abolition de la prostitution fragilisent le combat féministe. En pensant protéger les prostituées, ces camarades légitiment la prostitution, au cœur du patriarcat.

Sacha Tognolli


Non au futur plan social de l’oligarchie !!

Chères lectrices, chers lecteurs. C’est avec la plus grande gravité que je m’adresse à vous en ces heures si sombres. La boite de pandore a été ouverte ! C’est celle qui annonce l’Armageddon politique : la fin d’un monde aussi prospère qu’un saucisson à une convention de vegans.cahuzac

Cahuzac risque de mettre fin au conte de fée que nos dirigeants connaissent depuis des dizaines d’années. Celui de la sécurité de l’emploi, comme base d’un droit au bonheur. Cette erreur humaine risque définitivement de plonger la pays dans le chaos…

De l’instabilité politique

Vous le savez bien, nous sommes farouchement opposés à cette politique qui plonge des millions de gens dans la misère. C’est celle de l’austérité qui précarise le travail et, à travers le travail, l’ensemble de l’existence des individus. Quelle horreur, cette massification de la misère, cette destruction organisée des services publics, cette répression musclée des travailleurs défendant leurs emplois.

Jusque là, bienheureux étaient ceux qui échappaient à ce bulldozer néolibéral. Seulement voilà, rien n’est impossible. Aujourd’hui, l’affaire Cahuzac vient ébranler les consciences et plonge avec fracas le monde politique dans l’incertitude. Les cotes de popularité plongent comme des pigeons paraplégiques, des offensives idéologiques percent le mur de défense travaillé depuis des années. Rien de pire que ces appels au non-cumul des mandats et à l’arrêt de ces collusions avec les grands industriels. La sécurité de l’emploi d’élu ne doit pas être sacrifiée sur l’autel d’une pseudo-éthique petite-bourgeoise et antiparlementariste. Combattons ces infâmes condamnations de comptes cachés en Suisse, à Singapour, aux îles Caïmans, ou que sais-je ! Ne laissons pas le populisme piétiner les compléments de salaires des élus méritants.

assemblée

Nous sommes au bord du précipice, à l’aube d’un fascisme nouveau : celui qui écarte l’inamovibilité (et donc le bon travail) des élus, celui qui les met sous la surveillance de la vindicte populaire à la moindre erreur, pourtant si humaine. Heureusement, certaines personnes ont conscience du danger qui nous guette et tentent d’éteindre l’incendie. Le PS propose un référendum, peut-être un « êtes-vous pour ou contre la morale en politique ?», histoire de reprendre la ficèle de Sarkozy sur le capitalisme, mais en plus gros. Ce parti a  de toute façon l’habitude de faire voter des choses qu’ils n’appliquent pas ensuite, en interne comme en externe, on peut toujours compter sur leur savoir-faire pour étouffer les revendications qui gênent.

Mais ces bonnes âmes auront malheureusement fort à faire face au Front de Gauche qui prépare déjà sa marche du 5 mai. Si le soutien d’Eva Joly fait la démonstration de la démarche unitaire, le saccage en règle dont elle fait l’objet de la part des dirigeants de son parti depuis ce matin est plutôt rassurant. Mais EELV ayant intégré la VIe République dans son programme, tout porte à croire que les militants seront attirés par l’initiative. Restons donc prudents et attaquons-nous rapidement à celui qui est la figure de proue de ce mouvement : Mélenchon !

De l’effondrement de la presse

Mais voilà justement une autre conséquence inquiétante de l’affaire Cahuzac. La presse, si soucieuse d’offrir une certaine stabilité au système financier, et donc de protéger les collusions, se retrouve face à un scandale révélé par des « confrères » ne jouant pas le jeu. Cette trahison, digne de Saroumane dans le Seigneur des Anneaux (ou de Soljenitsyne dans un registre quasi-similaire)…cette trahison donc, ébranle une fois encore la scène sur laquelle se jouait un magnifique théâtre kafkaïen.aphatie

Libération aura beau taper, tel Loki, sur Mélenchon, à coup de jeux de mots pourris, sous-entendu avec point-Godwin bonus et manipulation de haut vol d’un mec qui se retourne contre eux, le mal semble fait. Pourtant, elles sont douées ces petites crapules. Transformer « purifier l’atmosphère politique » en « purification » éthique, et avec guillemets, siouplait. Pour compléter, une photo nullissime, déformée, genre grosse trace de doigt sur l’objectif, à croire que le journaliste a fait ça avec son smartphone. Ca fait rêver. Et enfin ce petit encadré magique « l’Enjeu : jusqu’où ira la violence de Mélenchon », comme le retour obsessionnel à cette peur de se faire découper la tête. C’est sur qu’Aphatie a dû l’avoir mauvaise devant cette double page, lui qui revendique la couronne de lèchage de cul et s’est brûlé la langue sur Cahuzac.

L’ancien journal Anar’ (et oui l’eau, les ponts, tout ça tout ça…) a donc tenté de se dédouaner en donnant quelques gages à la population. Un peu comme quand un instit’ regarde un élève qui ne fout rien, et que celui-ci se met à faire semblant de bosser. Le jeu est simple : on prend une rumeur, on fait 6000 signes dessus, genre l’air sérieux, indigné, et je me prends pour un journaliste d’investigation. Et on passe pour le premier de la classe quand on est un cancre. C’est aussi crédible que quand Moscovici dit qu’il ne savait rien sur les comptes de l’ancien ministre du Budget, mais c’est quand même bien essayé.

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Bref, vous l’aurez compris, on est dans la merde. Alors que demain les salariés se battent contre la précarisation et le contournement du droit du travail qu’annonce l’ANI, les élus sont bien désarmés face à ce plan social qui se prépare dans l’Oligarchie.

J’espère qu’ils descendront aussi dans la rue, j’ai quelques slogans pour eux :

  •  « C’est facile, de pas être corrompu, quand t’es même pas foutu d’être élu… »
  • « Laissez-nous, nos fauteuils en cuir ! »
  • « La précarité, c’est pour les salariés ! Elus à vie, on restera ici ! »
  • « Tout est à nous, rien n’est à eux ! Tous les pots-de-vins on s’est goinfré ! Le partage des richesses, ça se fait sous la table, ou alors on va gicler, ON VA GICLER ! »

Romain JAMMES

danger


Le cléricalisme est l’ennemi des femmes !

L4

(article publié dans la revue À Gauche)

Féminisme, République, Laïcité : ce sont pour nous, aujourd’hui, trois registres et trois formes complémentaires de l’émancipation humaine. Mais il aura fallu un siècle et demi pour que le combat républicain, laïque en son cœur, et le combat féministe se rejoignent et se confondent.

Les rendez-vous manqués

Les femmes, qui avaient pris part aux luttes de la Révolution Française, que ce soit dans la rue, lors des journées insurrectionnelles, ou dans les clubs politiques, pouvaient attendre que la République leur reconnaisse d’emblée des droits semblables à ceux des hommes. On sait qu’il n’en fut rien : la reconnaissance de leur dignité par la Déclaration des Droits de 1789 resta toute abstraite. On leur dénia d’emblée le droit de cité, on ferma leurs clubs, on leur reprocha durement d’avoir voulu outrepasser les limites à l’intérieur desquelles la tradition les cantonnait. Et l’on s’empressa de rétablir, au sein du couple, la primauté du mari, que les législateurs de 1792 avaient remise en cause.

Après ce rendez-vous manqué, la cause des femmes continua à avancer de manière souvent souterraine, par des initiatives individuelles, à l’intérieur de petites communautés, associations, écoles, journaux, c’est-à-dire en marge des grands combats politiques. Non que les femmes se soient alors désintéressées du combat républicain : dans les luttes du milieu du XIXe siècle, elles sont souvent aux avant-postes, et ne craignent pas de faire feu du haut des barricades. Mais cela ne suffit pas à leur attirer la bienveillance des grands leaders républicains. Même les plus radicaux (comme Proudhon) jugent leurs prétentions politiques inconvenantes et le font savoir. On peut, à l’époque, se dire républicain et se satisfaire de l’état de minorité sociale et politique dans lequel les femmes sont maintenues.L

La Commune, puis l’instauration de la IIIe République donnent aux femmes un peu plus de place dans l’espace public. L’instauration d’une école primaire gratuite, laïque et obligatoire destinée aux deux sexes, puis la création des lycées de jeunes filles (loi Camille Sée, 1880), offrent aux femmes de nouvelles perspectives et de nouvelles ressources, même si de lourdes disparités persistent entre la formation des garçons et celle des filles. Dans la politique de progrès scolaire, combat républicain et combat féministe, longtemps dissociés, se rapprochent enfin. Mais sans se confondre. Car la République répugne encore à accorder l’entièreté des droits politiques aux femmes, malgré la montée des revendications des « suffragistes ».

L‘explication principale de cette défiance à l’égard des femmes, c’est, paradoxalement, la préoccupation laïque : pour les républicains, les femmes sont sous la dépendance de l’Église et des prêtres. Leur accorder le droit de suffrage reviendrait à offrir aux cléricaux un poids politique inespéré. Marguerite Bodin, institutrice républicaine, voit bien l’absurdité du raisonnement, qui inverse l’effet et la cause : « N’est-il pas naturel, écrit-elle, que [les femmes] aillent vers le prêtre qui les flatte et les enjôle ? Tandis que vous leur fermez vos réunions publiques et que vous les excluez de la vie sociale, l’Église leur ouvre ses portes toutes grandes ».

L‘argument est fort, mais il ne porte pas, même si, pour Jules Ferry, « celui qui tient la femme tient tout, c’est pour cela que l’église veut retenir la femme, et c’est aussi pour cela qu’il faut que la démocratie la lui enlève ». Les élus persistent dans leur opposition tout au long de la IIIe République. Même si les organisations de gauche accordent une place croissante aux femmes, et leur concèdent parfois une place au gouvernement, il faut attendre 1944 pour que les femmes obtiennent, par ordonnance, le droit de vote. Dans l’élan progressiste de la Libération, après un siècle et demi de luttes, l’antique fracture entre combat républicain, combat laïque et combat féministe semble enfin réduite. Depuis lors, la revendication féministe a pu s’appuyer sur l’affirmation des grands principes républicains et laïques.

La laïcité, un outil actuel au service de l’émancipation des femmes

Les principales religions monothéistes sont fondamentalement hostiles à l’émancipation féminine ; elles ont été créées à une époque où le patriarcat était particulièrement prégnant. Leurs textes fondateurs sont définitivement rétrogrades et sexistes. La femme est y systématiquement considérée comme pécheresse, inférieure à l’homme et seulement bonne à enfanter dans la douleur. Dans l’ancien testament, les femmes n’ont qu’une place de second rang, et elles sont humiliées lorsqu’elles ne parviennent pas à enfanter.  « Sois béni, Seigneur notre Dieu, Roi de l’Univers, qui ne m’a pas fait femme » : telle est  l’une des prières du rituel juif. Dans le nouveau testament, Jésus s’adresse ainsi à sa mère : « Femme, qu’y a-t-il de commun entre toi et moi ? » (1ère épître aux Corinthiens / 14:34-35).

La Bible enjoint les femmes à être « tout dévouement pour leur mari comme il convient à des personnes unies au Seigneur. » (Épître aux Colossiens / 3:18) Dans l’épitre de Timothée, on trouve encore ces phrases remarquables : « C’est Adam a été formé le premier, Ève ensuite ; et ce n’est pas Adam qui a été séduit, mais c’est la femme qui séduite, s’est rendu coupable de transgression. Elle sera néanmoins sauvée en devenant mère, si elle persévère avec modestie dans la foi, dans la charité, et dans la sainteté. » La Bible fait également obligation aux femmes d’être voilées. Tout comme le Coran : « ô prophète ! Prescris aux femmes d’abaisser un voile sur leur visage. Il sera la marque de leur vertus ». Le livre sacré de l’Islam préconise la mort pour les femmes adultères et énonce, sans autre forme de procès, que « les hommes sont supérieures aux femmes à cause des qualités par lesquelles Dieu a élevé ceux là au-dessus de celles-ci. Les femmes vertueuses sont obéissantes et soumises.» Ce n’est donc pas un hasard que les autorités religieuses soient composées exclusivement d’hommes.

Pour protéger les femmes de cette vision rétrograde des rapports entre les sexes, il n’y a sans doute pas de meilleur instrument que la laïcité, c’est-à-dire la stricte séparation de la sphère publique et de la sphère privée, et l’exclusion du fait religieux de l’espace public. D’autant que l’aggiornamento ne semble pas à l’ordre du jour : les autorités religieuses poursuivent et intensifient leurs combats d’arrière-garde, comme l’a prouvé la position commune des diverses autorités religieuses françaises à propos du mariage pour tous. L’Église catholique a toujours manifesté sans vergogne son opposition aux droits des femmes, notamment lors des batailles fondatrices du féminisme liées à la maitrise de la procréation. Benoit VXI a récemment regretté que le lien indissoluble entre sexualité et maternité ait été rompu et s’est opposé à la légalisation de l’avortement au Mexique. En 2004, dans une Lettre aux évêques de l’église catholique sur la collaboration de l’homme et de la femme dans l’église et dans le monde, le Cardinal Ratzinger proposait une « collaboration entre les sexes » permettant aux femmes de rester au foyer tout en touchant une rémunération – une mesure, le salaire maternel, que l’on retrouve dans le programme du Front national depuis des décennies.

Du côté de l’Islam, la « question du voile » a envenimé les débats autour de l’émancipation des femmes. À un féminisme qui défend la liberté des femmes de pratiquer leur religion et de la revendiquer dans la sphère publique, nous opposons un féminisme émancipateur et laïc, condition d’une société dans laquelle la femme est l’égale de l’homme. Le voile est bel et bien, dans les textes religieux, l’expression d’une domination de l’homme sur la femme. L’interdire à l’école est permet donc de garantir l’égalité entre les sexes. Permettre l’émancipation des femmes, c’est  bannir de l’espace public toute appartenance à une communauté religieuse, afin de gommer la domination des hommes sur les femmes engendrée par la religion.

Ces dernières années, la droite et l’extrême-droite ont voulu recouvrir d’un badigeon laïque leur traditionnelle politique de stigmatisation xénophobe ; elle s’est opposée aux prières de rues lorsqu’il s’agit des musulmans, mais ne moufte pas à propos des catholiques intégristes qui prient en toute impunité devant le CIVG de l’hôpital Tenon depuis des mois. Parallèlement, certains apologistes de l’Islam ont bricolé un « féminisme islamique » censé redonner un coup de jeune à des formes de dominations ancestrales. Quelques essayistes de la mouvance radicale-chic, qui vivent de paradoxes et de petits scandales, ont même entrepris de démontrer que le féminisme est, dans sa dimension laïque, intrinsèquement raciste et colonialiste. Face à ces provocations qui brouillent les frontières politiques, face au confusionnisme intéressé des uns et des autres, il nous faut garder les idées claires et continuer à défendre l’espace public contre les empiètements religieux, qui ne peuvent que desservir la cause des femmes.

Jeanne Fidaz et Romain Jammes

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